Washington hausse le ton dans la guerre de l’IA. Mardi 21 juillet 2026, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a déclaré sur Fox Business que les États-Unis étaient prêts à sanctionner les modèles d’intelligence artificielle open-source chinois si des preuves de vol de propriété intellectuelle étaient établies. Une escalade inédite qui vise directement les laboratoires comme Moonshot AI.
Les mots exacts de Bessent
Rapportées en premier par Bloomberg, les déclarations de Bessent sont directes. « Nous avons vu beaucoup de discussions sur les modèles open-source venant menacer les grands modèles de langage aux États-Unis », a-t-il dit. « Cette administration soutient les modèles open-source. Mais ce que nous ne tolérons pas, c’est le vol de propriété intellectuelle. Si nous constatons que des modèles étrangers volent nos grandes entreprises, nous avons la capacité de les sanctionner pour ce vol. »
Le contexte est limpide. Le modèle Kimi K3 de Moonshot AI, lancé mi-juillet 2026, a déclenché des alertes à Washington après avoir surpassé plusieurs modèles américains sur des benchmarks de génération de code. Des voix dans l’administration Trump avaient alors relayé des inquiétudes sur l’origine des données d’entraînement du modèle.
Un bannissement total envisagé ?
La semaine précédente, Axios avait révélé que l’administration Trump examinait la possibilité d’un bannissement complet des modèles open-source chinois sur le marché américain. Des sources proches du dossier ont depuis nuancé cette information, affirmant qu’aucune décision n’avait été prise. Mais la menace de sanctions formulée par Bessent signale que la question est bien réelle et qu’elle monte dans la hiérarchie des priorités de la Maison-Blanche.
Les entreprises IA américaines alertent depuis des mois sur ce qu’elles décrivent comme une stratégie de pillage organisé. Le principe : copier les architectures, les données d’entraînement et les techniques des modèles américains, puis les rediffuser sous licence open-source pour contourner les restrictions d’export et capter des parts de marché. En avril 2026, la Maison-Blanche avait promis de travailler en étroite collaboration avec les acteurs du secteur pour lutter contre ce phénomène.
Une nouvelle frontière dans la guerre technologique
La menace de sanctions s’ajoute à un arsenal déjà dense. Les États-Unis ont successivement restreint l’accès de la Chine aux puces avancées, durci les contrôles sur les transferts de technologie, et limité les investissements américains dans les startups IA chinoises. Cibler directement les modèles open-source représente un nouveau front.
Ce serait aussi un terrain juridique inédit. Sanctionner un modèle d’IA, objet incorporel distribué librement, soulève des questions complexes : sur quelle base, avec quel mécanisme de preuve du vol de propriété intellectuelle, et avec quelles conséquences pour les entreprises ou chercheurs américains qui utilisent ces modèles ? L’administration n’a pas encore répondu à ces questions. Mais le signal envoyé à Pékin est clair : la concurrence sur les modèles IA n’est plus seulement économique, elle est désormais géopolitique.
Notre analyse
Cette escalade rhétorique est révélatrice d’une anxiété croissante à Washington face à la vitesse de progression des modèles chinois. Kimi K3 a été une douche froide : un modèle open-weight compétitif avec les meilleurs modèles fermés américains, sorti d’un laboratoire inconnu du grand public il y a encore deux ans. Si la tendance se confirme, les États-Unis se retrouveront dans une situation inconfortable : leurs restrictions sur les puces n’ont pas empêché la Chine de construire des modèles de pointe. Les sanctionner a posteriori pour vol de propriété intellectuelle serait un aveu d’échec autant qu’une réponse. La vraie question est de savoir si cette pression légale peut ralentir une dynamique qui semble structurelle.
