XPENG a lancé cette semaine sa tournée média « AI in Motion » entre Canton et Pékin. Devant les journalistes de Humanoids Daily, Mi Liangchuan, responsable de l’IA et de la robotique du constructeur, a livré un constat à contre-courant : à huit mois de la production de masse annoncée pour le robot Iron, la partie logicielle fonctionne, c’est le matériel qui accroche.
Une inversion des priorités
« L’IA n’est pas notre goulet d’étranglement, l’IA avance bien », a résumé Mi devant la presse. « Quasiment aucune des chutes du robot n’est venue de l’IA ou du contrôleur. Tout provient d’un fil mal placé quelque part, d’une connexion qui lâche. » La phrase tranche avec le discours habituel de la filière humanoïde, qui met en avant la difficulté de l’intelligence embarquée plutôt que celle du cuivre et des engrenages.
Le problème se concentre sur les mains. Iron embarque une main de première génération dont les premiers essais en usine n’ont pas tenu un mois complet. XPENG explore en parallèle plusieurs pistes pour la deuxième génération, sans avoir encore tranché sur la mécanique qui ira en série. Le reste du robot affiche pourtant une architecture ambitieuse : 84 articulations actives, un tronc à cinq degrés de liberté, un corps biométrique avec colonne flexible et muscles synthétiques pour 178 centimètres et environ 70 kilos.
Une data factory à Canton
Pour nourrir ses modèles, XPENG construit une « data factory » dédiée à Canton. Mi n’a pas précisé la nature exacte des données collectées, mais il a confirmé que les lois d’échelle observées sur les grands modèles de langage semblent s’appliquer à la robotique. Plus on alimente le modèle en trajectoires et en interactions physiques, plus il progresse.
La version actuelle d’Iron tourne déjà sur VLA 2.0, la même architecture Vision-Language-Action qui équipe les systèmes de conduite autonome du constructeur. Cette mutualisation avec la filiale automobile est au cœur de la stratégie. Les puces Turing et les modèles de navigation sont partagés entre voitures et robots, ce qui doit permettre à XPENG de régler plus vite les problèmes de « queue longue » de la navigation. Résultat : trois puces Turing dans le robot de série et un transfert direct des avancées issues de la conduite autonome.
Un mobile personnel derrière le projet
Mi a justifié son engagement en racontant l’histoire de Danny, son voisin placé en maison de soins faute de pouvoir être maintenu à domicile, et récemment décédé. « Notre motivation à construire un humanoïde pour aider les gens est une mission ultime », a-t-il déclaré. Le responsable robotique voit Iron comme un futur « membre de la famille » capable de permettre aux personnes âgées ou malades de rester chez elles.
Ce positionnement place XPENG en rupture avec le récit de la course mondiale aux humanoïdes. Mi rejette l’idée d’une compétition frontale avec Tesla, Unitree ou Boston Dynamics. « Nous ne considérons aucune équipe comme un concurrent, car le marché est immense et l’industrie est encore à un stade précoce », a-t-il affirmé. La société préfère concentrer ses efforts sur l’« adoption », c’est-à-dire la capacité des utilisateurs à accepter une machine qui leur ressemble.
Objectif : mille unités par an, puis un million
Les ambitions chiffrées restent en place. XPENG prévoit de démarrer la construction de son usine humanoïde à Canton au premier trimestre 2026 et vise la production de masse d’Iron dès le quatrième trimestre. Le constructeur a évoqué un objectif d’un million d’unités à l’horizon 2030, un chiffre qui le place au niveau des projections de Tesla ou de Figure AI. Brian Gu, président du groupe, a également confirmé cette semaine la livraison à grande échelle des voitures volantes AeroHT pour 2027 et le démarrage de tests robotaxis à Canton cette année.
Avec un humanoïde qui ne tient pas ses mains plus d’un mois en usine, l’échéance du quatrième trimestre 2026 ressemble à un sprint industriel. Si XPENG résout ses problèmes d’actionneurs et de préhension dans les temps, le constructeur pourrait faire d’Iron le premier humanoïde grand public à mutualiser une pile logicielle automobile. Dans le cas contraire, le message envoyé aux investisseurs ce vendredi, à l’heure où son cours boursier a plongé, est que la partie difficile n’est pas terminée.