Quelques jours après avoir trusté le podium du semi-marathon humanoïde de Pékin avec son robot Lightning, le constructeur chinois HONOR a confirmé à CNET la cible de sa nouvelle activité : le marché grand public. Le pivot, amorcé au Mobile World Congress 2026, s’enracine désormais dans une thèse industrielle assumée : un fabricant de smartphones est mécaniquement bien placé pour produire des humanoïdes en volume.

« Notre expertise dans la gestion thermique, les structures légères et la fiabilité matérielle, acquise sur l’électronique grand public, fournit une base solide pour le mouvement stable de nos humanoïdes », a indiqué la marque dans un courriel transmis à CNET. La phrase tient en deux ingrédients : châssis allégé et dissipation de chaleur, deux savoir-faire mobiles transposés à une machine de 1,70 mètre.
Le smartphone comme bibliothèque de composants
L’argument n’est pas anodin. Smartphones et humanoïdes partagent un noyau commun : un calculateur, des caméras, des capteurs inertiels, un système de batterie compact, un OS embarqué. La différence tient à la mécanique, aux actionneurs et à la locomotion. HONOR ne part donc pas de zéro pour la partie « cerveau et perception », là où des startups robotiques pures ont mis des années à monter en cadence.
Le marathon de Pékin, organisé le 18 avril dans le quartier de Yizhuang, a servi de banc d’essai très médiatisé. Le robot Lightning a bouclé les 21 kilomètres en 50 minutes 26, écrasant le record humain détenu par Jacob Kiplimo de près de sept minutes. La référence reste à manier avec précaution. Les humanoïdes courent en circuit fermé, séparés des coureurs humains pour des raisons de sécurité, et l’effort n’est pas comparable à celui d’un athlète. Mais le bond de performance, lui, est concret : l’an dernier, le vainqueur mettait près de trois heures pour avaler la même distance.
Apple et le 5-year plan chinois en arrière-plan
HONOR ne sera vraisemblablement pas seul. Apple travaillerait, selon plusieurs fuites, sur un robot de table destiné au domicile. Plus structurellement, le dernier plan quinquennal du gouvernement chinois place explicitement les humanoïdes parmi les priorités industrielles. Xiaomi a déjà CyberOne, Huawei pousse ses partenariats avec UBTECH, et Honor entend désormais jouer dans la même cour. Le mouvement « phone makers turned robot makers » prend une dimension stratégique.
Pour HONOR, l’enjeu commercial est lisible. Le marché du smartphone haut de gamme stagne en Chine et dans une partie de l’Europe. Diversifier vers la robotique de service, sur un créneau grand public et non industriel, ouvre un relais de croissance massif si les coûts de production peuvent être tenus. C’est précisément là qu’une chaîne d’approvisionnement déjà rodée pour les téléphones, partagée avec des géants comme BYD et CATL pour les batteries, prend tout son sens.
Reste à passer du marathon au salon
Courir vite en circuit ne préfigure pas un robot domestique réussi. HONOR doit encore démontrer la fiabilité dans des environnements imprévisibles, gérer les interactions avec les humains et trouver une fonctionnalité grand public assez convaincante pour justifier le prix. Les ventes commerciales de l’AGIBOT X2 à 17 889 euros sur Joybuy France, la diffusion européenne du Walker S2 d’UBTECH chez Rossmann, ou encore les promesses du Wall-B de X Square Robot dressent toutefois un cadre de bataille plus mature qu’il y a un an.
Le constructeur n’a pas dévoilé de date de commercialisation pour Lightning ni de prix cible. La phrase la plus politique de son communiqué reste néanmoins limpide : « Les robots HONOR cibleront le marché grand public. » Traduction : pas de pivot industrie ou logistique, mais un robot de salon. La trajectoire est claire, les marges, elles, restent à inventer.
Source : CNET




