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Boston Dynamics quadruple son budget de lobbying à Washington et vise la nouvelle régulation américaine sur les humanoïdes

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Boston Dynamics, filiale américaine du groupe Hyundai, a dépensé 240 000 dollars en lobbying à Washington au seul premier trimestre 2026. Le montant équivaut à toute l’année 2024 et signale un changement d’échelle assumé : le constructeur veut peser sur les futurs textes encadrant la robotique aux États-Unis, en particulier sur les volets défense et sécurité.

Les chiffres viennent des déclarations obligatoires déposées auprès du Sénat américain au titre du Lobbying Disclosure Act, publiées le 28 avril. À ce rythme, la dépense annuelle devrait dépasser le million de dollars en 2026, contre 700 000 en 2025 et 240 000 en 2024. La trajectoire est exponentielle.

Robot humanoïde Atlas de Boston Dynamics et capitole américain en arrière-plan, illustration sur le lobbying à Washington
Illustration RoboActu

Une stratégie distincte de la maison-mère Hyundai

Boston Dynamics a officiellement lancé son lobbying en décembre 2023 en signant avec DLA Piper, l’un des plus gros cabinets d’avocats américains. La société, basée dans le Massachusetts et passée sous contrôle de Hyundai en 2021, a depuis multiplié les points de contact avec le pouvoir fédéral.

Là où Hyundai Motor concentre son lobbying sur les questions industrielles automobiles, Boston Dynamics cible directement les agences de sécurité et de stratégie technologique. Selon l’analyse de Business Korea, l’objectif serait de bâtir une influence indépendante sur la politique américaine en matière de robotique, indépendamment de la stratégie globale du groupe coréen.

Concrètement, les agences contactées au premier trimestre 2026 vont bien au-delà du Congrès et du ministère de la Défense initialement visés en 2023. La liste s’est élargie au Département d’État, à l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI), au Département des Transports et à la Federal Communications Commission (FCC). C’est une présence à 360 degrés sur l’appareil réglementaire fédéral.

Trois textes au cœur du lobbying

L’agenda législatif visé est public. Trois projets de loi en particulier mobilisent les efforts de Boston Dynamics au premier trimestre 2026 :

Le Humanoid Robot Act (S. 3275), qui encadrerait le développement et l’usage des robots humanoïdes sur le sol américain, avec des dispositions spécifiques sur les usages sensibles.

L’American Security Robot Act (H.R. 8189), qui vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement de la robotique américaine et à favoriser les fournisseurs nationaux face à la concurrence chinoise.

Le National Robotics Commission Act (H.R. 7334), qui créerait une commission fédérale dédiée à la régulation de l’industrie robotique.

S’y ajoute le travail historique de Boston Dynamics sur les clauses « Unmanned Ground Systems » du NDAA, le projet de loi annuel sur le budget de la défense américaine. La société a déjà contribué à orienter ces clauses sur les robots terrestres autonomes pour l’armée.

Quatre lobbyistes, dont un ancien chef de cabinet du Congrès

Boston Dynamics a confié son lobbying à quatre personnes : Tony Samp, Michael Fleischman, Karina Lynch et Vincent Sarubbi Jr. Ce dernier est un profil dit « revolving-door », avec un passé dense au Congrès. Il a occupé des fonctions de chef de cabinet et de directeur législatif pour le représentant Josh Gottheimer, et travaillé pour les sénateurs Sherrod Brown, Donald Norcross et Rob Andrews.

Le choix d’un ancien insider du Congrès comme lobbyiste central est cohérent avec l’objectif de la société : avoir un accès direct aux rédacteurs de textes, dès la phase d’écriture. C’est exactement la fenêtre qui s’ouvre actuellement à Washington, où la régulation fédérale de la robotique et de l’IA n’est pas encore figée.

Le serment anti-armement de 2022 sous tension

Cette montée en puissance suscite des questions internes au secteur. En 2022, Boston Dynamics avait cosigné avec Agility Robotics, ANYbotics, Open Robotics, Clearpath Robotics et Unitree un engagement public à ne pas armer ses robots à usage général. Le travail de lobbying actuel sur les clauses NDAA et l’American Security Robot Act est lu par certains observateurs comme un revirement de posture, ou au moins une nuance.

La société n’a pas commenté cette tension dans ses dépôts officiels. Pour l’instant, elle se contente d’investir massivement dans son influence sur la régulation à venir, à l’heure où les concurrents chinois (Unitree, AGIBOT, XPENG) annoncent des cadences de production qui changent l’équilibre mondial. La compétition se joue désormais autant dans les couloirs du Capitole que dans les ateliers d’assemblage.

Sources : Business Korea.