La startup Korben for people, basée à Perpignan, ambitionne de devenir le « Microsoft de la robotique » de service. Sa solution logicielle, hébergée en France, pilote déjà plus de 250 établissements et vise une levée de 10 millions d’euros pour passer à l’échelle européenne en 2026.
Fondée par Lucas Goumarre, la jeune pousse catalane s’attaque à un problème rarement traité dans la robotique de service : l’interopérabilité. Quand un hôtel ou un restaurant achète un robot de nettoyage chez un fabricant et un robot de transport chez un autre, les deux machines ne se parlent pas. Elles peuvent même se rentrer dedans, faute de protocole commun.
Une couche logicielle universelle, hébergée chez OVH
La proposition de Korben repose sur un constat industriel et géopolitique. Aujourd’hui, 80 % de la production mondiale de robots de service est concentrée en Asie, principalement en Chine. Or ces machines embarquent caméras et capteurs qui captent des données ultra sensibles : couloirs d’EHPAD, salles de restaurants, vestiaires de salariés. Si le firmware vient de Shenzhen, les données partent dans la même direction.
Korben propose donc de découpler le hardware du logiciel. La startup importe ses robots de Chine, mais les rebrande et les fait tourner sur sa propre plateforme, hébergée chez OVH. Les données captées par les capteurs sont anonymisées avant traitement, et tout le pilotage se fait depuis une interface unifiée. Le but, à terme, est que la même console permette à un client d’orchestrer un robot de nettoyage, un robot de transport et un robot d’accueil sans jongler entre trois applications.
« La valeur est dans le logiciel qui va animer le robot », explique le PDG dans un entretien à Presse-citron. La référence à Microsoft est revendiquée. Comme l’éditeur de Redmond a su s’imposer sur des PC fabriqués par d’autres, Korben veut capter la valeur logicielle d’une industrie où le matériel se commoditise.
250 établissements déjà équipés et un cap à 15 millions d’euros
L’argument commercial avancé par Goumarre est tangible. La France comptabilise environ 400 000 emplois vacants dans la propreté, la sécurité et la restauration, des métiers décrits comme pénibles et répétitifs. Les robots de service y trouvent un marché, à condition d’être faciles à intégrer et à piloter par des équipes qui n’ont jamais ouvert de ligne de commande.
La startup revendique aujourd’hui plus de 250 hôtels, restaurants et cinémas équipés. Le modèle économique combine location de matériel et abonnement logiciel, avec un objectif de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2027. La levée de 10 millions d’euros prévue pour 2026 doit financer l’expansion en Europe puis en Amérique du Nord.
Goumarre va plus loin. Il revendique être en discussion pour vendre son logiciel français à des industriels chinois, ce qui constituerait un retournement notable dans un secteur où les flux vont quasi exclusivement d’est en ouest. « Nous voulons faire l’exemple contraire », résume le PDG.
Cobotique, EHPAD et mutation des métiers
Sur le terrain de l’emploi, la position de Korben est celle de la « cobotique » : robots qui travaillent avec l’humain, pas à sa place. Le PDG cite le cas des EHPAD, où déléguer le nettoyage des sols à une machine permettrait aux agents de service de se concentrer sur le lien social et l’accompagnement des résidents.
L’argument est partagé par d’autres acteurs européens, mais reste à valider à grande échelle. Goumarre cite la Chine, où 8 millions de robots de service sont déjà déployés sans dégradation visible du taux d’emploi. Les détracteurs rétorqueront que le contexte démographique chinois et français n’est pas comparable, et que la robotisation ne crée pas mécaniquement les mêmes emplois qu’elle remplace.
Reste qu’à Perpignan, Korben construit une brique souverenniste qui manque cruellement à la robotique européenne : un cerveau logiciel, hébergé en France, capable de piloter des machines venues d’Asie sans laisser fuir les données. C’est précisément le créneau qu’occupe aujourd’hui la robotique industrielle allemande, et que la robotique de service française n’avait jamais sérieusement attaqué.
Source : Presse-citron.