Une jeune pousse française veut envoyer des robots à la place des marins. Bubble Robotics, fondée en 2025 par d’anciens ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory de la NASA et de l’ETH Zürich, vient de boucler une levée de fonds pré-amorçage de 5 millions de dollars et signe déjà 4 millions de dollars de lettres d’intention dans l’éolien offshore et la sécurité maritime.

Une opération offshore coûte 100 000 dollars par jour
Le constat de départ est simple. Inspecter un câble sous-marin, vérifier l’état d’un parc éolien en mer ou surveiller un terminal gazier passe encore aujourd’hui par des navires armés et des équipages spécialisés. La facture grimpe vite, jusqu’à 100 000 dollars par jour selon les cofondateurs. Et le secteur de l’énergie offshore voit arriver une pénurie annoncée de plusieurs centaines de milliers de professionnels d’ici la fin de la décennie.
Jean Crosetti, directeur général et cofondateur, résume la position de Bubble Robotics dans un entretien à Tech.eu : 80 à 90 % des coûts d’inspection en mer viennent des navires et des équipages. En supprimant cette dépendance, l’entreprise espère transformer ce qui était ponctuel en une surveillance continue.
Des robots résidents inspirés des satellites
Plutôt que d’envoyer des missions épisodiques, Bubble Robotics laisse ses systèmes sur place pendant des mois. La startup s’inspire ouvertement du modèle des constellations satellitaires : un réseau distribué de plateformes autonomes capables d’inspecter, de surveiller et de collecter des données en continu, à haute fréquence. La connectivité satellite, l’IA embarquée et les capteurs basse consommation rendent désormais ce type d’opération crédible.
Côté usages, le ciblage est large. Inspection d’infrastructures sous-marines comme les câbles, les gazoducs ou les fondations d’éoliennes, suivi environnemental sur le long terme, surveillance de zones sensibles, détection d’anomalies. Le tout sous un modèle robotics-as-a-service, sans investissement initial pour le client. Cela permet à un opérateur d’éolien ou à un gestionnaire de terminal de tester la solution sans immobiliser une flotte de navires.
NASA, ETH Zürich et Entrepreneurs First
Le pedigree des fondateurs joue dans la crédibilité du projet. Jean Crosetti et Patricia Apostol se sont rencontrés via le programme Entrepreneurs First. Apostol a fait ses classes au JPL de la NASA, là où sont conçus les robots martiens. Crosetti vient de l’ETH Zürich, l’école qui a formé les équipes ANYbotics et plusieurs startups robotique européennes de premier plan.
Le tour de table est mené par Episode1 Ventures, Asterion Ventures et Norrsken Evolve. Ce dernier, fonds suédois orienté impact, soutient des startups jugées capables d’adresser des problèmes systémiques. Pour Bubble Robotics, l’argument tient en deux points : décarboner les opérations offshore en supprimant des milliers de jours de navire diesel, et améliorer la sécurité des opérations en évitant d’exposer des équipages aux conditions extrêmes en mer.
Un secteur qui bouge enfin
L’offshore est l’un des derniers grands secteurs industriels à n’avoir vu que peu d’innovation robotique. Les ROV (engins télé-opérés depuis un navire) dominent encore, et les AUV autonomes restent souvent cantonnés à des missions courtes. La promesse de Bubble Robotics, validée par 4 millions de dollars de pré-engagements clients, est de faire passer ces opérations dans une logique permanente, à la manière des données satellite que consultent quotidiennement les compagnies d’énergie ou de transport.
Les premières mises en service sont attendues dans l’éolien offshore, la sécurité maritime et les infrastructures sous-marines. Le modèle reste à valider sur le terrain, où les conditions de mer mettent à mal les électroniques les plus robustes. Si Bubble Robotics tient ses promesses, la France gagne une nouvelle pépite robotique aux côtés de Korben, Wandercraft, Pollen Robotics ou EnchantedTools.