Linkerbot, jeune licorne pékinoise spécialisée dans les mains robotiques à haute dextérité, vient de boucler une série B+ qui la valorise 3 milliards de dollars et vise déjà 6 milliards lors de son prochain tour. La startup revendique 80 % du marché mondial des mains robotiques à degré élevé de liberté.
L’annonce a été faite le 30 avril par l’entreprise et reprise par Reuters le 4 mai. Linkerbot fournit déjà plusieurs grands fabricants chinois d’humanoïdes ainsi que des géants industriels étrangers dont les noms restent confidentiels. La société emploie plus de 400 personnes et opère cinq usines à Pékin et Shenzhen.
Une cible de 6 milliards qui double la mise
La série B+ qui vient de se clôturer valorise Linkerbot à 3 milliards de dollars. Ant Group (Alibaba) et HongShan Group (l’ex-Sequoia China) figurent parmi les premiers soutiens. Le tour récent a vu entrer le fonds du parc scientifique de Zhongguancun, soutenu par l’État, ainsi que Bank of China Asset Management et Fosun Capital.
L’objectif des 6 milliards de dollars, jusqu’ici confidentiel, sera visé lors d’un prochain financement dont la date reste à fixer. L’entreprise n’a pas précisé s’il s’agirait d’un placement privé ou d’une introduction en bourse. La trajectoire rappelle celle d’Unitree, qui a déposé son dossier IPO à Shanghai en mars dernier en visant jusqu’à 7 milliards de dollars.
10 000 mains par mois en ligne de mire
Le PDG Alex Zhou a confirmé à Reuters un objectif de production de 10 000 unités par mois, contre 5 000 actuellement. Le modèle phare O6, version légère du catalogue, ne pèse que 370 grammes mais peut soulever 50 kilos. Cette densité de couple en fait un argument de vente majeur sur les chaînes industrielles.
La main robotique, rappelons-le, reste le maillon le plus complexe d’un humanoïde. Elon Musk avait reconnu à plusieurs reprises que la main d’Optimus représentait plus de la moitié des efforts d’ingénierie de Tesla. Linkerbot prend ce verrou de front avec sa plateforme LinkerSkillNet, présentée comme la plus grande base de données mondiale de manipulation dextre. Plus de 500 compétences y sont déjà encodées et réutilisables.
Une stratégie pragmatique : vendre les mains, pas tout l’humanoïde
Linkerbot diffère de concurrents comme X Square Robot, qui se concentre sur les tâches ménagères. La startup pékinoise vise le savoir-faire artisanal à forte valeur ajoutée. Selon Alex Zhou, ses mains permettent déjà de visser rapidement, de saisir des objets souples déformables, d’enfiler une aiguille ou d’effectuer du montage de précision.
Le PDG cite un argument économique frappant. Les humanoïdes industriels d’Unitree, AgiBot ou UBTECH coûtent entre 100 000 et 150 000 dollars l’unité. Beaucoup d’usines chinoises préfèrent monter une paire de mains Linkerbot sur des bras robotiques existants, plutôt que d’acheter un humanoïde complet. Concrètement, les mains se vendent comme des modules.
Une bibliothèque de compétences humaines à répliquer
L’horizon affiché par Alex Zhou dépasse l’industrie. Inspiré par Doraemon, le chat robot de l’animation japonaise, le PDG envisage des mains capables de jouer du piano, de prodiguer des massages, voire de pratiquer la dentisterie. Ces compétences à forte valeur ajoutée représenteraient au moins le triple du tarif horaire d’une main-d’oeuvre standard.
Linkerbot fabrique aussi en interne ses modules d’articulation et ses moteurs, et développe des lignes de production où les mains robotiques fabriquent d’autres mains. C’est exactement la promesse que pose le marché chinois en 2026 : industrialiser les sous-systèmes critiques de l’humanoïde avant le robot lui-même, et capter la marge sur la pièce la plus difficile à concevoir.
