Colin Angle, le fondateur d’iRobot et père du Roomba, est sorti du stealth ce lundi 4 mai à la conférence Future of Everything du Wall Street Journal. Sa nouvelle société, Familiar Machines & Magic, basée à Woburn dans le Massachusetts, présente un robot quadrupède recouvert d’un tissu peluche, baptisé « Familiar », pensé pour habiter le foyer et créer du lien émotionnel avec son propriétaire.

Pas un chien-robot, un « familier »
Le terme est revendiqué : Angle ne veut pas qu’on parle de chien ou de chat robotisé. Le « Familiar », chez lui, c’est l’esprit compagnon qui suit son propriétaire dans les récits fantastiques. Le prototype dévoilé fait à peu près la taille d’un petit chien, marche sur quatre pattes, embarque 23 degrés de liberté et se déplace de pièce en pièce de façon autonome.
L’extérieur est tactile, en tissu fuzzy issu de techniques de tricot 3D empruntées à l’industrie de la sneaker, censées laisser respirer l’électronique embarquée tout en invitant au contact. Le robot n’a pas d’écran et ne parle pas. Il s’exprime par sa posture, ses yeux, ses mouvements, et un visage expressif. Concrètement, il peut accueillir son propriétaire au retour du travail, reculer quand celui-ci est occupé, ou pousser un coup de museau pour faire lâcher le téléphone tard le soir.
EQ plutôt que IQ
Angle assume un parti pris fort : il préfère l’intelligence émotionnelle à l’intelligence brute. Le Familiar combine vision, audio et un petit modèle multimodal qui interprète expressions, gestes et tonalité. Un moteur comportemental, entraîné sur des milliers de courtes vignettes narratives, choisit la réaction adaptée selon la personnalité du robot, sa mémoire de l’utilisateur et le contexte du moment.
Tout tourne en local sur l’appareil, sans streaming permanent vers le cloud. Le co-fondateur d’iRobot insiste sur ce point pour répondre aux inquiétudes de vie privée propres aux objets domestiques toujours allumés. La promesse est simple : pas besoin d’un robot capable de débattre de politique pour qu’il devienne attachant, il suffit qu’il « lise la pièce ».
Un marché jonché de cadavres
Le secteur des robots de compagnie est un cimetière. Jibo, Kuri, Anki Vector, Buddy : la plupart des tentatives ont fini en faillite, faute d’un attachement durable. Seul Sony, avec Aibo, a tenu la distance en vendant plus de 150 000 unités de la première génération avant 2006, puis 20 000 exemplaires de la version 2018 au Japon dans les semaines suivant son lancement. Au Japon, certains propriétaires sont allés jusqu’à organiser des funérailles pour leurs Aibo en fin de vie.
Angle reconnaît le risque. « Plus d’échecs que de réussites, soyons honnêtes, c’est un défi », a-t-il déclaré à The Robot Report. Mais il avance un argument technique : les outils nécessaires existent depuis quelques mois seulement. Edge AI, modèles multimodaux compacts, capteurs tactiles, knit textile structurel : la combinaison rend possible un produit qui aurait été irréalisable il y a un an.

Calendrier et prix : un dollar de chien
Le premier Familiar sera disponible en 2027, après une phase de test à domicile chez des consommateurs début 2026 selon Angle. Le tarif final n’est pas encore communiqué, mais le fondateur évoque « le coût de la possession d’un chien », ce qui couvre une fourchette assez large entre prix d’achat et frais récurrents.
Au-delà de ce premier modèle, Angle voit Familiar Machines & Magic comme une plateforme. Selon lui, le marché des robots grand public va se déplacer vers les humanoïdes domestiques dans les prochaines années, et le Familiar doit servir d’apprentissage relationnel pour cette deuxième vague. « Quand viendra le tour des humanoïdes à la maison, vous voudrez qu’ils soient familiers, pas inquiétants », résume-t-il. Vendre un million de Familiars rapporterait, selon ses calculs, plus que toutes les Roombas écoulées en 25 ans.
Reste à convaincre. Le pari est plus comportemental que technique : l’animal de compagnie a eu des millions d’années d’évolution pour créer un lien avec l’humain. Le Familiar, lui, doit y arriver avec un budget batterie, un capteur tactile, et un modèle d’IA local. Si Angle réussit, il aura redéfini une deuxième fois le robot domestique en moins de trente ans.