France

Bouygues Construction signe un contrat dédié avec le Lyonnais Innodura pour robotiser ses chantiers

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Bouygues Construction passe à l’industrialisation de la robotique de chantier. Le groupe vient de signer un contrat de partenariat dédié avec Innodura, PME lyonnaise spécialisée dans la robotique industrielle et la vision par ordinateur, pour piloter conjointement plusieurs programmes d’automatisation des opérations de bâtiment et travaux publics.

L’annonce, faite le 4 mai 2026, formalise une collaboration déjà engagée depuis plus de quatre ans. Les deux entreprises développent ensemble des solutions visant à automatiser les tâches répétitives, pénibles ou chronophages d’un chantier classique, tout en améliorant la sécurité et la régularité d’exécution. Concrètement, la robotique remplace l’humain là où le geste est physiquement exigeant ou exposé.

Un robot d’intervention pour les espaces confinés et un perceur de façade

Deux solutions sont déjà en phase de test sur le terrain. La première est un robot d’intervention conçu pour opérer dans les espaces confinés (tunnels, installations industrielles sensibles) comme sur des chantiers traditionnels. La seconde est un robot perceur, expérimenté pour la pose d’isolants thermiques en façade. Cette automatisation vise à standardiser les gestes techniques, un point critique pour la qualité finale des bâtiments rénovés et la productivité globale du chantier.

« Les technologies développées avec Innodura nous permettront d’accélérer la robotisation intelligente de nos chantiers, au service de la performance, de la sécurité et de l’attractivité de nos métiers », a déclaré Jean-Philippe Trin, directeur général délégué de Bouygues Construction. La mention de l’attractivité des métiers est loin d’être anecdotique : le secteur du bâtiment souffre d’une pénurie chronique de main-d’œuvre, et les tâches les plus dures sont aussi celles qui rebutent le plus les candidats.

Innodura, le pari d’un acteur français de la vision par ordinateur

Basée près de Lyon, Innodura combine robotique industrielle et vision par ordinateur dopée à l’intelligence artificielle. C’est cette dimension perception qui change la donne : un bras robotique aveugle ne fait pas de chantier, il faut qu’il sache où poser sa cheville, où se trouve l’angle du mur, où passe la gaine. C’est exactement ce que la vision IA apporte aux machines déployées sur des environnements non structurés comme un bâtiment en construction.

Pour Bouygues Construction, ce partenariat marque un tournant. Le groupe ne se contente plus de tester ponctuellement des prototypes. Il choisit un partenaire industriel français pour bâtir une vraie filière interne, avec un contrat-cadre, des programmes structurés et une roadmap. C’est une approche très différente de celle des américains qui parient sur des humanoïdes universels (Figure, Apptronik) ou des grands groupes japonais qui développent leurs robots en interne.

Un secteur du bâtiment encore largement manuel

La robotisation du chantier reste très en retard sur celle de l’usine. Les robots industriels travaillent dans des environnements maîtrisés, fixes, où chaque pièce arrive au bon endroit. Sur un chantier, tout bouge en permanence : les murs n’ont pas tous la même épaisseur, le sol n’est pas plat, les conditions météo changent. Voilà pourquoi les déploiements concrets restent rares, malgré des dizaines de prototypes annoncés ces dernières années.

Bouygues Construction n’est pas le seul à s’y mettre. Skanska, Vinci ou Eiffage testent eux aussi des robots de coffrage, de soudure, de relevé topographique. Mais la signature d’un contrat de partenariat dédié change le rythme. Innodura va pouvoir orienter sa R&D vers des cas d’usage validés par un majeur du secteur, ce qui sécurise son carnet de commandes et accélère la mise en production. Pour la filière française, c’est un signal positif : on sort enfin des démonstrateurs pour entrer dans la robotisation à l’échelle.

Robot d'automatisation sur un chantier de construction Bouygues
Illustration RoboActu

Source : Cahiers Techniques du Bâtiment