Serve Robotics franchit un cap symbolique sur ses terres. La société californienne, sortie en 2021 de Postmates, exploite désormais plus de 500 robots de livraison sur les trottoirs de Los Angeles, répartis dans 40 quartiers contre seulement deux en 2023. Son PDG Ali Kashani a livré ces chiffres au Los Angeles Times le 5 mai, en parlant d’« un succès du jour au lendemain construit sur le long terme » puisque le projet date de 2017.

Une flotte de 2 000 robots sur six métropoles américaines
Au total, Serve compte 2 000 unités déployées sur six grandes métropoles américaines, soit une vingtaine de villes. Los Angeles reste le terrain pilote historique, deuxième marché de livraison de repas du pays derrière New York, choisi pour sa culture automobile et ses fortes densités de commandes. South Central, Del Rey et Little Tokyo font désormais partie des quartiers couverts. La société revendique des partenariats actifs avec plus de 3 500 restaurants via Uber Eats et DoorDash.
Les robots de troisième génération embarquent des puces Nvidia avec cinq fois la puissance de calcul de la Gen-2. Cette montée en compute sert principalement à élargir la base d’obstacles reconnus : abribus, panneaux, types précis de végétation, animaux. Serve fonctionne en autonomie de niveau 4 depuis 2022, ce qui signifie que les machines accomplissent la plupart des trajets seules, mais peuvent appeler un télépilote ou un « robot wrangler » humain en cas de blocage ou d’agression.
Glendale prépare un moratoire, Chicago a déjà tranché
L’expansion ne se fait pas sans frictions. La ville voisine de Glendale a engagé en mars une démarche pour préparer un moratoire sur les robots de livraison, après plaintes au conseil municipal. Un élu a reproché aux machines d’être « apparues sur les trottoirs et de les avoir colonisés » sans concertation. Chicago a quant à elle bloqué fin avril toute nouvelle expansion sur son territoire. Plus de vingt États américains ont en revanche adopté des lois autorisant les robots-trottoir, avec des restrictions locales sur la vitesse, le poids et les rues éligibles.
Les inquiétudes se concentrent sur trois points : l’accessibilité des rampes pour personnes à mobilité réduite, la responsabilité en cas d’accident, et l’impact sur l’emploi des coursiers. Kashani assure que la société consulte systématiquement les municipalités avant d’opérer, en partageant cartes des bordures et passages piétons signalisés. Selon lui, l’acceptation grimpe rapidement une fois les robots installés. À Los Angeles, les trottinettes-robots sont devenues partie du décor.
Vers New York, Sydney et Toronto
Serve Robotics négocie son arrivée dans plusieurs nouvelles villes, parmi lesquelles New York, Boston et San Jose. À l’international, la société vise Vancouver et Toronto au Canada, Sydney et Melbourne en Australie. Vancouver doit justement voter cette semaine sur un pilote de six mois. Au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, l’entreprise n’a pas encore officialisé de discussions.
La société n’est pas encore rentable. Elle table sur 26 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2026 et a surpris en janvier en rachetant une flotte de 100 robots assistants hospitaliers Moxi, présents dans 25 hôpitaux. Le pari est de diversifier au-delà de la restauration, avec une logique d’autonomie embarquée commune.
Reste la question du modèle économique. Tant que Serve doit garder des « robot wranglers » humains à proximité et que chaque livraison reste plus chère qu’un coursier en pic d’activité, l’équation financière dépend du volume et des subventions de plateformes. Le PDG craint surtout que des régulations trop hâtives ne « jettent le bébé avec l’eau du bain » avant que la technologie n’ait fait ses preuves.
Source : Los Angeles Times, CBS Los Angeles.