Chine et Asie

En Chine, des robots autonomes suivent les clients dans les rayons pour porter leurs courses

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

La scène se passe dans un supermarché quelque part en Chine. Un client charge ses articles dans un petit robot qui le suit patiemment dans les allées. Quand il est temps de payer, le robot le suit jusqu’à la caisse, puis repart seul vers l’entrée. La vidéo fait le tour des réseaux sociaux depuis ce week-end. Ce qui pourrait sembler anecdotique révèle en fait une réalité industrielle : la Chine est en train de déployer massivement des robots de service dans ses espaces commerciaux, pendant que l’Europe débat encore de la réglementation.

Comment ca marche

Ces robots utilisent des capteurs LiDAR couplés à des caméras pour repérer et suivre leur utilisateur dans les rayons. La reconnaissance se fait via QR code ou reconnaissance faciale. Le robot ajuste sa trajectoire en temps réel pour rester à proximité, peut porter environ 40 kilos et avance à 4 km/h, ce qui correspond à une vitesse de marche normale. Un système d’évitement d’obstacles intégré lui permet de ne pas bousculer les autres clients.

Le concept du chariot autonome existe depuis quelques années. En France, Intermarché et Bricomarché ont testé WiiGo. Aux États-Unis, Instacart a développé ses Caper Carts avec paiement intégré. En Italie, Piaggio (le fabricant de Vespa) a lancé Gita, un robot-suiveur capable de porter 18 kilos. Mais aucune de ces initiatives ne s’est généralisée à grande échelle hors de Chine.

L’avance chinoise sur le déploiement concret

La Chine joue dans une autre catégorie. Pékin a ouvert en 2025 un centre commercial entièrement dédié aux robots de service. Pudu Robotics, l’un des leaders du secteur basé à Shenzhen, a déjà expédié plus de 100 000 robots dans 80 pays. Le groupe propose aujourd’hui une gamme complète : robots serveurs pour les restaurants, robots de livraison pour les hôtels, robots nettoyeurs pour les centres commerciaux.

En mars 2026, Pudu a d’ailleurs lancé sa série BG1, une gamme de robots nettoyeurs de grande surface qui revendique le titre de premier robot laveur de sol « AI-native » au monde. L’architecture de ces machines ne suit plus des instructions pré-programmées : elle observe l’environnement, détecte les taches en temps réel et adapte sa stratégie de nettoyage en conséquence.

Pourquoi l’Europe est a la traîne

Le contraste avec les marchés occidentaux est frappant. Plusieurs obstacles freinent le déploiement en Europe. La reconnaissance faciale est strictement encadrée par le RGPD et, plus récemment, par l’AI Act européen. Les espaces commerciaux européens sont souvent plus complexes architecturalement. Et surtout, la culture du déploiement rapide, quitte à ajuster ensuite, n’est pas la norme.

En Chine, le gouvernement pousse activement ces technologies. Le 15e plan quinquennal 2026-2030, adopté en mars, classe la robotique parmi les industries stratégiques prioritaires aux côtés des véhicules électriques et des équipements de haute précision. Les municipalités accordent des autorisations d’expérimentation en quelques semaines là où les procédures européennes peuvent prendre des années.

Vers les supermarchés du monde entier ?

Le chariot robotique n’est qu’un segment parmi d’autres du marché des robots de service. Mais il illustre une tendance plus large : la Chine utilise ses marchés domestiques comme terrain d’expérimentation à grande échelle, avant d’exporter ses solutions vers le reste du monde. Pudu Robotics est déjà présent dans 80 pays. L’étape suivante pourrait bien être la supérette du quartier.

Pour l’instant, la question reste la même qu’en France il y a trois ans avec WiiGo : est-ce que les clients veulent vraiment être suivis par un robot ? En Chine, la réponse semble être oui. Ailleurs, le jury délibère encore.