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Rocket Lab rachète Motiv Space Systems, le concepteur du bras de Perseverance, et lance sa division Rocket Lab Robotics

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Rocket Lab muscle son intégration verticale. Le 7 mai, l’entreprise dirigée par Peter Beck a annoncé en même temps son plus gros contrat de lancement à ce jour, cinq vols de Neutron et plusieurs Electron pour un client confidentiel entre 2026 et 2029, et l’acquisition de Motiv Space Systems, un spécialiste californien de la robotique spatiale qui sera renommé Rocket Lab Robotics. La filiale aura pour mission de fournir bras robotiques, gimbals d’antenne et assemblages d’entraînement de panneaux solaires aux satellites maison.

Motiv, la firme derrière le bras de Perseverance

Motiv Space Systems n’est pas un acteur anonyme. La société californienne a notamment développé le bras robotique du rover Perseverance qui creuse aujourd’hui à la surface de Mars pour la NASA. Elle conçoit aussi des mécanismes de précision destinés à des satellites scientifiques et commerciaux. Rocket Lab ne dévoile pas le montant de la transaction, mais précise que le rachat doit être finalisé au cours du deuxième trimestre 2026.

Pour Peter Beck, l’opération comble l’un des derniers maillons que l’entreprise achetait encore à l’extérieur. « Cette acquisition referme l’un des rares sous-systèmes que nous achetons aujourd’hui en externe », a-t-il déclaré lors de la conférence trimestrielle, en citant les solar array drives, ces mécanismes qui orientent les panneaux solaires vers le Soleil. Rocket Lab veut produire ces composants en interne pour ses propres satellites tout en proposant le savoir-faire de Motiv à d’autres opérateurs.

Mars sample return et missions lunaires en ligne de mire

Le rachat ne sert pas qu’à internaliser la production. Il prépare aussi le terrain pour les futures missions interplanétaires que Rocket Lab vise. Peter Beck cite explicitement le futur orbiteur de communication martien dont la NASA s’apprête à publier l’appel à propositions, et le retour d’échantillons de Mars, dossier sur lequel l’entreprise pousse une approche commerciale alternative à l’architecture historique de l’agence. La robotique spatiale devient un atout direct pour ces deux chantiers.

Sur la Lune, Beck reste plus prudent. Il dit préférer jouer le rôle de « picks and shovels » derrière les missions principales plutôt que de prendre la tête de programmes lunaires, en référence aux changements de cap de la NASA qui prévoit désormais d’annuler la station Gateway au profit d’une cadence d’atterrisseurs plus élevée. La leçon est claire : Rocket Lab préfère vendre des bras robotiques à toute la flotte d’atterrisseurs commerciaux que d’engager des dizaines de millions sur un programme phare qui peut être recadré du jour au lendemain.

Un contrat record qui remplit le carnet jusqu’à 2029

L’autre annonce du jour confirme la dynamique commerciale de l’opérateur. Le contrat de cinq lancements Neutron et de vols Electron supplémentaires est le plus important jamais signé par Rocket Lab, devant les 190 millions de dollars d’un précédent accord avec le Pentagone pour des essais hypersoniques HASTE annoncé en mars. Le client n’est pas identifié et le montant non communiqué, mais Beck assure que les prix « sont en ligne avec le tarif commercial » et qu’il n’a pas bradé Neutron pour remplir son carnet.

Le premier vol du lanceur Neutron reste prévu pour le quatrième trimestre 2026, après le report consécutif à la rupture d’un réservoir lors d’un essai en janvier. Beck reconnaît un calendrier « agressif » et table sur trois vols en 2027, puis cinq en 2028. À horizon 2029, la cadence devra suivre pour livrer les cinq Neutron du contrat record. En face, Rocket Lab Robotics aura entre-temps trouvé sa place dans la chaîne d’approvisionnement, à la fois pour les satellites du groupe et pour les opérateurs externes qui frappent déjà à la porte.

Source : SpaceNews, « Rocket Lab announces large launch contract and plans to acquire space robotics company », 7 mai 2026.