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ARX Robotics livre des centaines de robots terrestres GEREON supplémentaires à l’Ukraine pour la logistique du front

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

L’allemand ARX Robotics va livrer plusieurs centaines de robots terrestres GEREON supplémentaires aux forces armées ukrainiennes, dans le cadre d’un nouveau contrat dévoilé le 6 mai. Le constructeur bavarois, qui se présente désormais comme le plus gros fournisseur occidental d’unmanned ground vehicles (UGV) à l’Ukraine, accélère sa cadence pour suivre la demande de Kiev, qui prévoit de commander au moins 50 000 robots terrestres en 2026.

Robot terrestre GEREON transportant des caisses militaires en zone de front en Ukraine
Crédit : ARX Robotics

GEREON, un robot logistique modulaire pour le front

La gamme GEREON regroupe des plateformes modulaires capables d’être reconfigurées selon la mission. Sur le terrain ukrainien, ces engins sont surtout utilisés pour transporter des munitions, du ravitaillement et de l’équipement médical jusqu’aux positions avancées, mais aussi pour évacuer les blessés vers l’arrière sans exposer de brancardiers. ARX Robotics affirme que des centaines d’exemplaires sont déjà opérationnels ou en cours de livraison, ce qui en fait l’une des flottes de robots terrestres les plus déployées au monde dans un conflit actif.

La logique de la modularité est cruciale. Selon les besoins, le GEREON peut servir d’ambulance, de transporteur de palettes, de relais radio ou de support pour des capteurs ISR. Cette polyvalence colle au mode de combat ukrainien, où les unités doivent s’adapter en permanence à la pression russe.

Une production qui s’étend en Ukraine

ARX Robotics ne se contente pas d’exporter depuis l’Allemagne. La société a annoncé l’extension de sa capacité de production en Ukraine et dans d’autres sites pour absorber la demande et réduire les délais. Cette stratégie de localisation rapproche aussi la maintenance des unités utilisatrices et permet d’intégrer immédiatement les retours d’expérience du terrain dans les nouvelles versions.

Le suivi opérationnel comprend la formation des opérateurs ukrainiens et une maintenance sur site. Ihor Kornilov, CEO d’ARX Ukraine, met en avant cette boucle de feedback courte. « Notre coopération continue avec les forces ukrainiennes nous permet d’adapter rapidement nos systèmes en fonction des retours du champ de bataille et des besoins opérationnels. » Concrètement, un défaut détecté sur une mission peut être corrigé sur la prochaine itération en quelques semaines, là où un cycle militaire classique demande des années.

La doctrine ukrainienne bascule vers le robotique terrestre

Volodymyr Zelensky a confirmé que Kiev visait au moins 50 000 robots terrestres en 2026. Après les drones aériens, qui ont profondément modifié le visage du conflit en deux ans, les UGV deviennent la prochaine brique. Marc Wietfeld, CEO et cofondateur d’ARX Robotics, parle d’une bascule structurelle. « Nous observons un changement clair dans les opérations modernes : les systèmes terrestres sans pilote ne sont plus une capacité de niche, ils deviennent un composant central de la logistique du front. »

L’enjeu opérationnel est limpide. Sur la ligne de contact, la moindre rotation logistique humaine est vulnérable aux drones FPV russes, aux mines et à l’artillerie. Un robot remplace une équipe de deux ou trois soldats sur des missions de routine et accepte d’être perdu sans coût humain. Avec des prix unitaires bien inférieurs à un véhicule blindé, le calcul économique des armées modernes change radicalement.

L’Europe s’invite enfin sur le marché des UGV de combat

Le contrat ARX souligne aussi la montée en puissance d’un écosystème européen de la robotique de défense, longtemps dominé par les acteurs américains (Roboteam, Endeavor Robotics) et israéliens (Roboteam, Elbit). La Bavière, où ARX est installée, abrite plusieurs startups militaires comme Helsing ou Quantum Systems, qui profitent du repli du pacifisme allemand et de l’effort budgétaire post-Zeitenwende.

Pour Berlin, l’enjeu géopolitique va au-delà de l’aide à l’Ukraine. Industrialiser la robotique terrestre maintenant, c’est se préparer à équiper ses propres forces avec des produits qualifiés par le seul théâtre d’opérations à haute intensité actuellement actif. Les retours qu’ARX collecte sur le front nourriront les générations futures de robots de combat européens, à un moment où la Bundeswehr et la France discutent de standards communs pour les systèmes de combat collaboratifs.