Tesla a sorti samedi 10 mai 2026 les toutes dernières Model S et Model X de son usine de Fremont, en Californie. La ligne d’assemblage qui a fabriqué pendant quatorze ans la berline qui a popularisé l’électrique va être démantelée pour produire l’humanoïde Optimus.

Tesla a officialisé l’arrêt en publiant trois clichés sur son compte X : deux exemplaires en Ultra Red et une Model S noire couverte des signatures des ouvriers de la chaîne. La voiture qui a lancé la marque en 2012, et son cousin SUV apparu en 2015, quittent le catalogue après quatorze et onze ans de production.
Du laboratoire grandeur nature à l’humanoïde de série
La Model S a été un produit pivot pour la voiture électrique. Vendue 59 900 dollars dans sa version de base en 2012, elle proposait alors 160 miles d’autonomie et un design de berline premium qui n’avait rien à voir avec la Nissan Leaf, seule rivale crédible à l’époque. Tesla en a ensuite tiré la Model 3 en 2017, puis la Model Y, devenue depuis la voiture la plus vendue au monde.
La Model S Plaid, sortie en 2021, a hissé la gamme dans le territoire des supercars : 0 à 60 mph en 1,99 seconde et un quart de mile en 9,2 secondes, plus rapide qu’une Bugatti Chiron Super Sport vendue à près de 4 millions de dollars. Mais les ventes des deux modèles haut de gamme déclinaient depuis plusieurs années, écrasées par les volumes du Model Y et la concurrence de Porsche, Lucid et Rivian.
Fremont passe d’1 million de voitures à 1 million de robots
Elon Musk avait annoncé en janvier 2026, lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre 2025, l’arrêt des deux modèles d’ici la fin du deuxième trimestre. Le patron de Tesla a confirmé que la zone d’assemblage libérée serait reconvertie pour produire l’humanoïde Optimus, avec un objectif affiché d’un million d’unités par an.
Le robot n’a pourtant pas encore été livré à l’échelle commerciale. Tesla a dévoilé en 2024 la version Gen 2 capable de marcher, plier du linge et trier des objets, mais la production reste pour l’instant cantonnée à de petites séries internes. Le pari de Musk : réutiliser l’expertise industrielle d’une ligne qui a fait tourner pendant plus d’une décennie une voiture complexe (sièges, écrans, batteries, électronique embarquée) pour assembler un robot bipède.
Pourquoi cette transition est lourde de sens
La décision marque un basculement stratégique pour Tesla. Les deux véhicules produits à Fremont étaient les seuls de la marque encore assemblés intégralement dans le berceau historique de l’entreprise. La Model 3 et le Cybertruck continuent d’y être fabriqués, mais une partie significative de la capacité passe désormais à un produit non automobile.
Concrètement, cela veut dire que Tesla considère le marché des humanoïdes comme la prochaine catégorie de produits susceptible d’égaler ou de dépasser le revenu automobile. Le calcul reste à valider : Optimus se positionne dans un secteur où Boston Dynamics, Figure, 1X, Agility, Apptronik, Unitree et plus de 300 fabricants chinois recensés en 2025 se battent pour les contrats d’usine et de logistique.
Les premières clients potentiels seront les usines de Tesla elles-mêmes. Musk a déjà annoncé que les chaînes de Gigafactory Berlin, Austin et Shanghai accueilleraient des Optimus pour des tâches répétitives. C’est aussi un test grandeur nature : si l’humanoïde tient le rythme d’une ligne automobile, l’argument commercial sera autrement plus solide que ceux des concurrents qui n’ont à montrer que des démos d’usine pilote.
Reste qu’il faudra remplacer le revenu unitaire. Une Model S Plaid se vendait au-delà de 100 000 dollars, un Optimus est annoncé à terme entre 20 000 et 30 000 dollars. Tesla devra produire au moins quatre à cinq fois plus d’unités pour atteindre le même chiffre d’affaires sur cette ligne. Le pari de Musk reste, encore une fois, un pari de volume.
Sources : InsideEVs, Road & Track, Business Insider, Yahoo Finance, evxl.co