Intelligence Artificielle

Figure AI fait tenir un shift complet de 8 heures à ses humanoïdes Helix-02, sans aucune intervention humaine

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Figure AI vient de franchir un nouveau cap dans la course aux humanoïdes industriels. La start-up californienne affirme que ses robots F.03, pilotés par son système d’intelligence artificielle Helix-02, ont enchaîné un shift complet de huit heures en pleine autonomie, sans aucun reset ni intervention humaine. L’annonce a été faite le 13 mai par Brett Adcock, le CEO de Figure, qui a accompagné le message d’un livestream prolongé sur X.

Un seul réseau neuronal pour tout le corps

Helix-02 n’est pas un assemblage de contrôleurs. C’est un réseau de neurones unifié qui regroupe la vision, le toucher, la proprioception et la commande motrice du robot entier dans un même modèle. Concrètement, le système fusionne les flux des caméras de tête, des caméras de paume, des capteurs tactiles dans les doigts et de la proprioception de tout le corps, puis génère directement les commandes articulaires des jambes, du tronc, des bras, des poignets et des doigts.

Ce changement d’architecture explique pourquoi Helix-02 peut enchaîner des tâches longues sans repartir de zéro. Lors d’une démonstration récente, un F.03 a chargé et déchargé seul un lave-vaisselle pendant quatre minutes ininterrompues, dans une cuisine grandeur nature. La société revendique aussi des gestes de motricité fine inédits chez un humanoïde commercial : dévisser un bouchon de bouteille, extraire des comprimés d’un pilulier, doser une seringue ou aller chercher des pièces métalliques au fond d’un bac encombré.

System 0 remplace 109 000 lignes de C++

L’autre brique technique dévoilée par Figure s’appelle System 0. Il s’agit d’un contrôleur dit « whole-body » appris à partir de plus de 1 000 heures de données de mouvement humain captées en motion capture. Selon la société, ce modèle neuronal remplace à lui seul 109 000 lignes de C++ écrites à la main pour piloter l’équilibre et la marche. Résultat : une démarche plus stable, plus naturelle, et capable de s’adapter à des perturbations sans repli sur un script de récupération codé en dur.

Helix-02 ouvre aussi la voie à la collaboration entre robots. La semaine dernière, Figure publiait une vidéo où deux F.03 remettaient en ordre une chambre en moins de deux minutes, en se partageant les tâches et en se croisant autour des mêmes objets sans contrôleur central. RoboActu en avait fait le récit le 9 mai.

Le pari de la huitième heure

Pourquoi insister sur les huit heures ? Parce que c’est l’unité de référence du travail industriel. Tenir une journée complète sans superviseur, sans erreur, sans bug bloquant, c’est la frontière qui sépare une démonstration spectaculaire d’un véritable poste de travail. Figure dit déjà avoir fait tourner ses humanoïdes pendant des shifts de dix heures dans l’usine BMW de Spartanburg, en Caroline du Sud, où ils ont contribué à déplacer plus de 90 000 pièces sur des chaînes liées à 30 000 véhicules.

La société se positionne désormais frontalement face à Tesla et son Optimus, à Apptronik et à Agility Robotics, tous engagés dans la même course : prouver qu’un humanoïde général peut remplacer un opérateur humain sur un poste polyvalent, et le faire à un coût économiquement viable. Avec 39 milliards de dollars de valorisation après son dernier tour de table, Figure a aussi la trésorerie pour pousser son avantage industriel.

Reste la question du livestream lui-même. Diffuser huit heures de robots qui travaillent en direct, avec leurs erreurs visibles, c’est une rupture avec les démos cinématiques habituelles. C’est aussi la meilleure manière de répondre aux soupçons de téléopération qui plombent la communication du secteur depuis deux ans. Si les caméras tiennent jusqu’au bout, Figure aura marqué un point que les concurrents devront encaisser.