Intelligence Artificielle

Hugging Face ouvre l’App Store de son Reachy Mini : 200 apps, 10 000 robots vendus et un retraité de 78 ans qui code en anglais

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

Hugging Face vient d’ouvrir son App Store pour Reachy Mini, son robot de bureau open-source à 299 dollars. La start-up new-yorkaise, plus connue pour sa plateforme de modèles d’intelligence artificielle, y propose dès le lancement plus de 200 applications gratuites créées par 150 contributeurs. Et la plupart d’entre eux n’avaient jamais écrit une ligne de code de robotique. Le tout repose sur un agent IA baptisé ML Intern, capable de transformer une description en langage naturel en logiciel embarqué.

« Décris ce que tu veux, l’agent code »

Le principe est simple. L’utilisateur ouvre ML Intern dans son navigateur, tape une phrase du type « aide-moi à construire une app Reachy Mini qui salue de la main quand quelqu’un entre dans la pièce », et l’agent se charge du reste : écriture du code, test, déploiement sur le robot, itérations. Pas de SDK à apprendre, pas de prérequis en robotique. L’agent s’appuie sur le code open-source de Reachy Mini hébergé sur GitHub et sur la documentation publiée par Pollen Robotics, la filiale française rachetée par Hugging Face en 2025.

Clément Delangue, cofondateur et CEO de Hugging Face, l’a illustré la semaine dernière en construisant en deux heures une application de réception pour son bureau. Mais l’exemple le plus marquant vient d’ailleurs. Joel Cohen, 78 ans, fondateur de CEO Stars dans la région de Raleigh-Durham, a assemblé son Reachy Mini Lite en quelques jours, puis lui a confié un rôle de co-animateur pour ses sessions de coaching de dirigeants sur Zoom. Le robot a un nom, une personnalité de « VP of Future Thinking », quatre modes d’animation, une banque de 60 questions et la mémoire des 29 membres de ses groupes. Cohen affirme n’avoir jamais codé. Tout est venu d’une discussion en anglais avec Claude.

10 000 robots vendus, 3 000 en deux semaines

Les chiffres dévoilés au lancement sont révélateurs de la traction du produit. Hugging Face revendique 10 000 unités vendues à ce jour, dont 3 000 sur les seules deux dernières semaines, et prévoit d’expédier 1 000 unités supplémentaires dans les trente jours. À 299 dollars pour la version Lite, qui se branche en USB sur un ordinateur externe pour déporter les calculs, le robot s’adresse à un public qui ne pouvait pas se payer un Spot de Boston Dynamics à 70 000 dollars. Il vise aussi les écoles, les bricoleurs et les passionnés d’IA générative.

Le catalogue de la boutique illustre bien le créneau. On y trouve un assistant de cuisine qui dicte les recettes pas à pas, un tuteur de langues qui corrige l’accent, un commentateur de Formule 1 en direct, une version « Squid Game » du jeu « Un, deux, trois, soleil » où le robot joue la poupée, et même une variante d’échecs baptisée « Emotional Damage Chess » qui laisse tomber sa tête en cas de gaffe et célèbre les bons coups. Toutes les applications tournent aussi dans un simulateur navigateur, sans matériel.

Pas de revenue share, et c’est revendiqué

Hugging Face supporte aujourd’hui une dizaine de modèles d’IA pour faire fonctionner ses agents et ses applis : GPT-5.5, Claude Opus 4.6, Kimi 2.6, MiniMax M2.5, DeepSeek V4 Pro, OpenAI Realtime et Gemini Live. Aucune des 200 apps n’est payante. Aucune part n’est prélevée sur les créateurs. Delangue ne ferme pas la porte à un modèle économique futur, mais affiche une position de principe : pas de commission, pas de gatekeeping. Une critique à peine voilée du 30 % d’Apple sur l’App Store.

L’enjeu, selon lui, dépasse le robot lui-même. Le pari de Hugging Face est de transposer à la robotique ce que l’App Store de l’iPhone a fait pour le mobile en 2008. À cette différence près que toute la pile, du matériel au logiciel en passant par les traces d’agent, est open-source. Quiconque peut forker une app, la modifier en demandant à l’agent « fais répondre en français et joue une chanson quand je gagne », et la republier sous son propre nom.

Les limites du modèle

Reste deux angles morts. Le premier concerne la sécurité du Hub. Un incident récent a vu un dépôt malveillant se faire passer pour une release d’OpenAI et accumuler 244 000 téléchargements avant son retrait. Avec des applications qui pilotent un robot physique posé sur un bureau, parfois dans une école ou un domicile, la question du contrôle qualité va vite remonter. Hugging Face n’a pas encore annoncé de mécanisme de vetting spécifique.

Le second concerne le matériel. La version Lite à 299 dollars dépend d’un ordinateur extérieur pour tout traiter. Pour les usages embarqués vraiment autonomes, il faudra monter en gamme. Mais à ce prix-là, Hugging Face vient quand même de mettre la robotique programmable à la portée de n’importe quel curieux. Et c’est probablement ce qui va se passer ensuite qui compte : un parc de 10 000 robots ouverts, un agent qui code à la demande, et la promesse d’un magasin d’applications dont personne ne tient la clé.

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