France

Arthur Mensch à l’AN : Mythos d’Anthropic peut orchestrer des cyberattaques, ne lui donnez pas accès au code militaire français

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Le 12 mai 2026, Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI, s’est présenté devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les vulnérabilités du secteur numérique en France. Son message principal : les modèles d’IA américains les plus avancés, et en particulier Mythos d’Anthropic, ne doivent pas être autorisés à analyser le code source des systèmes militaires français.

Mythos, un outil de cyberguerre à double tranchant

Mensch a décrit Mythos comme un modèle capable d’orchestrer des attaques informatiques, de détecter des vulnérabilités et de proposer des exploits de manière autonome. Ce n’est pas une capacité théorique : Mythos a récemment passé tous les tests de cyberattaque simulée de l’agence britannique de sécurité IA, et plusieurs benchmarks montrent qu’il peut développer des exploits fonctionnels dans des navigateurs réels.

Le problème soulevé par Mensch n’est pas uniquement américain. « Ces mêmes vulnérabilités pourraient être détectées par nos propres modèles chez Mistral, ou par des modèles chinois », a-t-il précisé. L’enjeu est donc structurel : une fois qu’un système étranger a analysé le code militaire d’un pays, la dépendance créée est quasiment irréversible.

Audition complète d’Arthur Mensch devant la commission d’enquête de l’AN, le 12 mai 2026. Crédit : Assemblée nationale

L’UE entre dépendance et souveraineté

Cette audition intervient dans un contexte délicat. Selon Mensch, l’Union européenne négocie actuellement avec OpenAI et Anthropic pour obtenir un accès prioritaire à leurs modèles de cybersécurité les plus performants. Une démarche qui, pour le PDG de Mistral, risque de piéger les États membres dans une dépendance technologique durable.

Concrètement, si une armée laisse un modèle étranger cartographier ses failles logicielles pour mieux s’en protéger, ce même modèle devient dépositaire d’une connaissance stratégique sensible. Inverser cette situation est difficile, voire impossible.

Mistral vise l’indépendance, avec moins de 30 % de capital américain

Sur la situation de Mistral, Mensch a tenu à préciser que les investisseurs américains détiennent moins de 30 % du capital. Le reste est européen, même si les fonds disponibles sur le continent ont été insuffisants pour financer seuls la croissance de l’entreprise. Une vente à un acteur tiers n’est pas à l’ordre du jour : Mistral vise une introduction en Bourse en conservant son indépendance.

Mensch a rappelé que Mistral reste la seule entreprise de l’Union européenne dotée de modèles de langage compétitifs face aux géants américains et chinois. Une position qui donne du poids à ses mises en garde devant les législateurs français.

Le chiffre d’affaires de Mistral a été multiplié par 20 en un an. Cette croissance, combinée au discours offensif de Mensch sur la souveraineté numérique, positionne la startup parisienne comme un acteur politique autant qu’industriel dans le débat européen sur l’IA.