Industrie

FANUC s’allie à Google pour injecter de l’IA physique dans ses robots industriels et a déjà expédié plus de 1 000 unités équipées

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

FANUC a annoncé cette semaine une collaboration stratégique avec Google pour intégrer la physical AI dans l’ensemble de sa gamme de robots industriels. L’accord, dévoilé le 21 mai dans The Robot Report, vient prolonger le travail discret mené depuis l’International Robot Exhibition de Tokyo en décembre 2025, où le japonais avait dévoilé son premier système d’IA embarqué. Selon le groupe, plus de 1 000 robots équipés ont déjà été expédiés depuis ce lancement, signe que le sujet quitte le stade du prototype.

Une réponse au virage physical AI

La physical AI désigne la fusion entre l’intelligence cognitive des grands modèles de langage et l’action physique, dans un robot capable de percevoir son environnement par capteurs, d’analyser la scène et d’exécuter une tâche sans script préétabli. La notion a explosé chez NVIDIA, Google DeepMind et Boston Dynamics, et FANUC veut éviter de rester confiné au rôle d’équipementier traditionnel, alors qu’Universal Robots, ABB ou KUKA accélèrent eux aussi sur l’IA générative appliquée à l’industrie.

« Les industriels ne se demandent plus s’ils doivent utiliser l’IA, ils se demandent où elle apporte le plus de valeur, et ça se passe sur le sol des usines », explique Mike Cicco, président et CEO de FANUC America. « En combinant la robotique industrielle FANUC avec l’IA avancée de Google, nos clients peuvent absorber des productions plus complexes et plus variables tout en gardant la fiabilité que demande la production. »

Bras robotique industriel FANUC jaune équipé d'IA Google sur une ligne de production
Illustration RoboActu

ROS et Python comme socle commun

L’angle technique de l’accord tient à un choix d’architecture rare dans le monde des robots industriels japonais. FANUC a publié ses propres drivers open source pour Robot Operating System (ROS), le standard industriel maintenu en grande partie par Google via sa filiale robotique Intrinsic. C’est cette compatibilité ROS qui sert d’autoroute pour brancher les modèles d’IA Google sur la gamme de bras articulés FANUC, sans imposer aux clients d’écosystème fermé.

Les robots FANUC supportent aussi Python pour le développement d’agents IA, des interfaces de communication à haute vitesse pour le pilotage externe en temps réel, et des interfaces facilitant l’opération depuis des automates programmables (PLC). En clair, le constructeur s’est aligné sur la pile logicielle qui est devenue dominante chez les startups robotiques américaines et européennes, là où historiquement les marques japonaises poussaient leurs propres langages propriétaires.

De 3 kilos à 2,3 tonnes de charge utile

Toute la gamme bénéficie de l’accord. FANUC précise que la physical AI s’applique aussi bien à ses petits robots de 3 kg de capacité de charge qu’à ses bras industriels capables de soulever 2 300 kg, en passant par la série collaborative CRX. Le constructeur affirme que ce balayage complet est précisément ce que demandent les industriels qui veulent un même framework IA pour piloter de l’assemblage léger, du soudage, du palettiseur lourd ou du picking robotisé.

Les 1 000 robots déjà déployés depuis l’IREX 2025 servent de référence commerciale. FANUC ne précise pas le détail des secteurs, mais Mike Cicco évoque une demande qui croît rapidement, particulièrement en Amérique du Nord où FANUC America, basée à Rochester Hills dans le Michigan, gère les déploiements. Le constructeur a aussi profité de l’annonce pour resserrer l’intégration entre son logiciel de simulation ROBOGUIDE et le framework NVIDIA Isaac Sim, autre brique clé du sim-to-real qui s’impose comme standard pour entraîner les modèles avant la production.

Une bataille à trois entre FANUC, Kawasaki et l’écosystème américain

L’accord arrive deux jours après celui de Kawasaki Heavy Industries, qui ouvre un centre de R&D robotique à San Jose avec NVIDIA, Microsoft et Fujitsu. Les deux japonais répondent quasi simultanément au constat que la physical AI a basculé du côté américain, porté par Google DeepMind avec son modèle Gemini Robotics, par NVIDIA avec sa pile Isaac, et par Anthropic avec Mythos pour les domaines logiciels.

Pour FANUC, l’enjeu est plus large que la simple intégration de modèles. Le groupe veut s’imposer comme un fournisseur d’infrastructure pour la robotique industrielle assistée par IA, là où Universal Robots et ABB poussent leurs propres plateformes. La signature avec Google offre une crédibilité immédiate sur la couche IA, sans obliger le client à choisir entre un robot fiable et un modèle dernier cri.

Reste à voir si la promesse tient en production, là où la moindre dérive d’un modèle agentique peut coûter cher en arrêt de ligne. Les 1 000 unités shippées sont une première validation, pas encore un déploiement de masse. FANUC sera présent au Robotics Summit & Expo à Boston la semaine prochaine pour défendre sa stratégie. Source : The Robot Report.