La startup logistique américaine Stord vient d’annoncer un tour de table de 250 millions de dollars en Série F, valorisant l’entreprise à 3 milliards. Dans la foulée, Sean Henry, son fondateur et CEO, dévoile Stord Labs : un laboratoire d’IA physique et de robotique installé au siège d’Atlanta, avec une ambition clairement assumée, attaquer le réseau Amazon de plein fouet sur le terrain du fulfillment indépendant.
Un tour mené par les historiques, dans un climat tech tendu
Le round a été conduit par les investisseurs existants qui doublent la mise : Strike Capital, Kleiner Perkins, Founders Fund, Franklin Templeton, Baillie Gifford, G Squared, Bond et Lux. Kleiner Perkins avait misé sur Stord dès 2019. « Notre conviction n’a fait que grandir à mesure que Stord transforme le fulfillment en source de vitesse, de clarté et de confiance client », commente Ilya Fushman, partner chez Kleiner.
Le timing n’est pas anodin. Stord met en avant un chiffre d’affaires multiplié par dix en quatre ans, avec un point d’inflexion clair en 2023, soit six mois après le lancement de ChatGPT. L’activité logicielle a triplé en 2025 et progresse plus vite que le reste, avec un doublement des nouvelles signatures de trimestre en trimestre sur le premier trimestre 2026.
Stord Labs, l’arme anti-Amazon
Le projet phare de cette levée est Stord Labs, présenté comme un « environnement dédié à l’IA physique et à la robotique ». Le labo se trouve au siège d’Atlanta et tourne sur le même operating system qui fait fonctionner les centres de fulfillment en production. L’idée : tester de l’IA agentique, des robots et des systèmes d’automatisation contre des commandes réelles, puis déployer ce qui marche sur les 100 sites du réseau sans phase de réintégration.
« La prochaine génération d’intelligence physique ne peut pas être bâtie en simulation ou dans des démos de vendeurs », insiste Sean Henry. « Elle exige de la complexité opérationnelle réelle, et c’est exactement ce que fait Stord Labs. » Le pitch tape là où Amazon a toujours été supérieur : 1 000 clients actifs, 15 milliards de dollars de volume marchand brut traité chaque année, 8 milliards de points de données générés par an, près de 100 centres dans le monde et 4 000 collaborateurs dont 200 dédiés au software, à la data science et à l’infrastructure physique.
Le pari de la couche d’intelligence physique
Le discours de Stord rejoint celui que tiennent Figure AI, Apptronik, Symbotic ou Locus Robotics, mais l’angle est différent. Là où les fabricants d’humanoïdes vendent du hardware, Stord se positionne en plateforme intégrée : réseau de centres de fulfillment, logiciel de pilotage, IA et robots, tout dans la même pile. L’entreprise revendique d’avoir réalisé 8 acquisitions, chacune au-dessus de ses objectifs, en réinjectant à chaque fois sa stack tech et opérationnelle dans la cible.
Cette approche verticalisée est le pendant logique d’Amazon Prime, qui contrôle plus d’un tiers du e-commerce américain. Une fois passé Prime, les consommateurs attendent partout la même promesse : livraison rapide, fiable, traçable. Les marques indépendantes ne peuvent pas se permettre de bricoler chacune leur logistique. Stord propose de la mutualiser.
Pourquoi c’est important
L’arrivée d’un acteur pure-play comme Stord sur le créneau « Physical AI commerce » valide une thèse plus large : la valeur, dans la robotique logistique, ne se concentre plus sur le bras articulé ou l’AMR pris isolément, mais sur la capacité à brancher ces machines sur de la donnée opérationnelle réelle et à itérer en continu. Pour les fabricants de robots de picking, d’humanoïdes ou de quadrupèdes de livraison, la leçon est nette : il faudra de plus en plus passer par des plateformes qui possèdent les flux et les commandes, et pas seulement vendre du matériel à des clients fragmentés. Le calque va se rejouer sur les humanoïdes industriels d’ici 12 à 18 mois.