Industrie

Slamcore lève 14 millions de dollars avec Rockwell Automation pour donner des yeux aux chariots élévateurs des entrepôts

Par La Rédaction ⏱ 5 min de lecture

La startup britannique Slamcore vient de boucler un tour de table de 14 millions de dollars qui porte son financement cumulé à 40 millions. Le tour est mené par ROKStar Ventures, le véhicule d’investissement de Rockwell Automation, avec la participation de Toyota Ventures, Interwoven Ventures, MMC Ventures, Amadeus Capital Partners et IP Group. L’annonce, faite le 27 mai, intervient dans un marché qui investit massivement dans les robots autonomes mais qui oublie souvent l’écosystème des véhicules manuels qui font tourner les entrepôts.

35 000 à 62 000 accidents de chariots élévateurs par an aux États-Unis

Le pitch de Slamcore commence par un constat dur. L’OSHA, l’agence américaine de sécurité au travail, recense entre 35 000 et 62 000 blessures liées aux chariots élévateurs chaque année aux États-Unis, et deux décès par semaine en moyenne. Au-delà du drame humain, c’est une perte d’efficacité massive : les chariots tournent productivement moins de la moitié de leur temps d’utilisation. Et malgré les milliards investis dans l’automation, la plupart des sites industriels restent « digitalement aveugles » sur leurs flottes manuelles. Personne ne sait en temps réel où se trouve quel chariot, ce qu’il fait, ou s’il a frôlé un piéton dans la dernière heure.

Une caméra stéréo, pas de GPS, pas de balises

La technologie de Slamcore repose sur une caméra stéréo et une IA propriétaire qui suit la position et le comportement de chaque véhicule sans GPS, sans balises Bluetooth, sans marquages au sol et sans aucune modification de l’infrastructure existante. Deux produits sont commercialisés. Slamcore Aware donne aux responsables d’exploitation une vue cartographique en temps réel de tous les chariots du site, ce qui permet d’optimiser l’utilisation, d’accélérer les enquêtes après incident et de réduire les temps d’arrêt. Slamcore Alert surveille le comportement du conducteur et la proximité des piétons ou des structures, et déclenche des alertes avant que le quasi-accident ne devienne un vrai accident.

Le déploiement actuel couvre plus de 30 sites en Europe et en Amérique du Nord, avec des centaines d’unités installées en moins de deux ans. Owen Nicholson, CEO de Slamcore, insiste sur le fait que la solution n’a pas besoin d’attendre une refonte du site : « Les responsables d’exploitation volaient à l’aveugle sur leurs flottes manuelles. Slamcore Aware et Slamcore Alert changent ça dès le premier jour, sans perturber les opérations existantes. »

Rockwell parie sur la couche de données pour l’IA physique

L’arrivée de Rockwell Automation au capital n’est pas anodine. Le géant américain de l’automation industrielle voit dans Slamcore une infrastructure fondatrice, pas un point solution de plus. Ryan Gariepy, vice-président robotique chez Rockwell, l’explique : « Délivrer de la vision artificielle qui fonctionne de manière fiable à l’échelle et dans la complexité d’une vraie usine est un problème dur. La plupart des approches exigent soit un investissement infrastructurel important, soit ne tiennent pas dans les conditions dynamiques et imprévisibles d’un site actif. Le potentiel de la même plateforme technologique pour fonctionner sur chaque classe de véhicule industriel, autonome ou opéré par un humain, est la clé. »

Mais le vrai pari de Toyota Ventures et de Rockwell se joue ailleurs. Jim Adler, fondateur de Toyota Ventures et membre du board de Slamcore depuis ses débuts, explique que chaque déploiement génère « des données opérationnelles réelles, qui entraîneront la prochaine génération de modèles d’IA physique ». En clair : pendant que les humanoïdes de Figure AI ou d’Agibot collectent des données dans des cellules dédiées, Slamcore en collecte sur des chariots qui font déjà du travail productif, dans des sites qui paient pour le service. Le dataset accumulé devient une barrière à l’entrée plus forte que la technologie elle-même.

Une couche d’observation pour la transition vers les flottes mixtes

La promesse stratégique va plus loin que la sécurité. Quand un entrepôt déploie des AMR de Locus Robotics, des palettiseurs de Symbotic ou des humanoïdes industriels comme le HMND 01 d’Humanoid, la cohabitation avec les chariots manuels devient le maillon faible. Slamcore propose de fournir la couche d’observation commune qui permet de comprendre ce qui se passe entre les humains et les machines, sans imposer un modèle de véhicule particulier. Pour les opérateurs logistiques qui veulent monter en gamme sans tout casser, c’est une voie de migration plus douce qu’un remplacement complet de la flotte.

La levée arrive aussi dans un contexte britannique où l’écosystème robotique cherche à émerger face à la Chine et aux États-Unis. Slamcore, basé à Londres, prouve qu’on peut sortir de l’ombre académique sans s’expatrier dans la Silicon Valley. Le soutien d’un industriel comme Rockwell et d’un investisseur stratégique comme Toyota Ventures donne à la startup une crédibilité commerciale qui manquait à beaucoup de spin-offs européens.

Source : PR Newswire