Tesla s’apprête à confier l’une de ses lignes de production les plus emblématiques à des robots. L’usine de Fremont, qui assemble la Model S depuis plus de dix ans, va être reconvertie pour fabriquer l’humanoïde Optimus, avec un démarrage de la troisième génération attendu dès 2026.
Fremont passe de la berline au robot
Selon les communications aux actionnaires de Tesla et plusieurs trackers de production, le constructeur prévoit de réduire la cadence des Model S et Model X en 2026 pour réaffecter cette capacité à Optimus. En parallèle, une usine dédiée bien plus grande sort de terre à la Gigafactory du Texas. La symbolique est forte : la chaîne qui a porté la berline premium de la marque devient un banc d’essai industriel pour la robotique humanoïde.
Elon Musk a indiqué que l’Optimus Gen 3 serait dévoilé peu avant le lancement de sa production. Le calendrier vise une fabrication en faible volume en 2026, le temps de valider les procédés avant une montée en cadence. Concrètement, ces premières unités serviront de preuve que le robot peut être construit à l’échelle et à un coût maîtrisé, et pas seulement présenté sur une scène.
La main, le vrai casse-tête
Le changement majeur du Gen 3 se concentre sur la main, que Musk présente comme la première conçue pour la production de masse. Un humanoïde ne vaut que par ce qu’il sait manipuler, et la main reste la pièce la plus difficile et la plus sujette aux pannes. Le Gen 3 double quasiment la dextérité de la version précédente : on passe de 11 degrés de liberté sur la main du Gen 2 à 22 degrés de liberté, avec quatre degrés par doigt et deux supplémentaires au poignet.
L’astuce tient à l’architecture. Plutôt que d’entasser davantage de moteurs dans la main, Tesla déporte les actionneurs, environ 25 par avant-bras, et entraîne les doigts par des tendons : de fins câbles qui transmettent la force depuis les moteurs de l’avant-bras jusqu’au bout des doigts, avec à peu près trois câbles de commande par doigt. Les mains utilisent des moteurs sans fer et des réducteurs planétaires, et le poignet réoriente les câbles d’une disposition latérale vers un empilement vertical pour réduire la friction et les interférences entre doigts.
Pourquoi cette refonte compte
Ce n’est pas un détail cosmétique. En déplaçant les actionneurs lourds hors de la main vers l’avant-bras, Tesla allège l’extrémité du bras. Résultat : la main bouge plus vite, dissipe mieux la chaleur, et le câblage comme l’assemblage se simplifient. Ce sont exactement les propriétés qui rendent une pièce plus facile et moins chère à produire en série.
L’enjeu dépasse la prouesse technique. Un humanoïde polyvalent annoncé autour de 30 000 dollars, s’il est livré en volume et fonctionne réellement, change l’équation économique du travail dans les entrepôts, les usines, puis à terme les foyers. C’est aussi ce qui explique que chaque mise à jour d’Optimus suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétude. La reconversion de Fremont transforme cette promesse en pari industriel concret : Tesla joue désormais sa crédibilité robotique sur sa capacité à fabriquer, pas seulement à démontrer.
