Chez la plupart des fabricants de robots humanoïdes, les machines vivent dans des vidéos de démonstration. Chez Agility Robotics, elles travaillent déjà dans des entrepôts. Cette différence vaut désormais 2,5 milliards de dollars.
Une entrée en Bourse par fusion SPAC
La société basée dans l’Oregon a annoncé le 24 juin son introduction en Bourse via une fusion avec Churchill Capital Corp XI, un véhicule d’acquisition à but spécifique. L’opération valorise Agility à 2,5 milliards de dollars et doit générer plus de 620 millions de dollars de produits bruts, dont 420 millions issus du trust de Churchill XI et environ 200 millions via un placement privé (PIPE).
L’entreprise sera cotée au Nasdaq sous le symbole AGLT. Détail qui compte : le PIPE est mené par Foxconn, l’assembleur de l’iPhone. Quand le plus gros sous-traitant électronique du monde investit dans un fabricant de robots, le signal est clair. La robotique humanoïde passe d’une phase de recherche à une phase de fabrication à grande échelle.
Du labo de l’Oregon State au sol des entrepôts
Agility Robotics a été fondée en 2015 par Jonathan Hurst, Damion Shelton et Mikhail Jones, trois chercheurs issus du Dynamic Robotics Laboratory de l’université d’État de l’Oregon. La société, installée à Salem, est aujourd’hui dirigée par Peggy Johnson, ancienne dirigeante de Microsoft passée par Magic Leap.
Son robot phare, Digit, est un humanoïde bipède conçu pour déplacer des bacs, transporter des marchandises et manipuler du matériel dans des entrepôts et des centres logistiques, sans cage ni environnement spécialement aménagé. Digit fonctionne déjà sur des lignes de production en activité chez Schaeffler, GXO, Toyota Motor Manufacturing Canada et Mercado Libre. À travers neuf sites clients, le robot cumule plus de 65 000 heures de fonctionnement.
Le fossé de la preuve
C’est ce bilan opérationnel qui distingue Agility de ses rivaux les mieux financés. Figure AI a récemment levé 1,5 milliard de dollars pour une valorisation rapportée de 39,5 milliards, soutenue par Microsoft, Nvidia et Jeff Bezos, mais sans communiquer de données de déploiement comparables. Apptronik a réuni 350 millions pour étendre son robot Apollo. Deux concurrents crédibles, mais qui construisent encore leur preuve commerciale quand Agility accumule déjà des années de données réelles.
La prochaine version, Digit v5, vise plus loin. Agility la décrit comme le premier humanoïde « coopérativement sûr », capable de travailler aux côtés d’humains dans des environnements dynamiques sans séparation physique, avec assez de dextérité pour manipuler de petits objets. L’entreprise a déjà sécurisé plus de 300 millions de dollars de commandes pluriannuelles pour Digit v5, auprès d’un portefeuille de plus de 30 clients, sous réserve de jalons contractuels.
Nvidia a choisi Agility comme partenaire de lancement de Halos, son système de sécurité complet pour l’IA physique. La société collabore aussi avec Google DeepMind sur sa plateforme d’IA sous-jacente. Concrètement, Agility arrive en Bourse non pas avec une promesse, mais avec des robots déjà au travail et un carnet de commandes garni.

