Chine et Asie

Physical AI : pendant que les États-Unis optimisent les LLMs, la Chine construit les robots qui vont changer le monde

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

Pendant des années, le débat sur la domination technologique s’est joué sur le terrain des modèles de langage : qui sort le meilleur LLM, qui écrase les benchmarks, qui lève le plus de capitaux. Mais il existe une autre course, moins médiatique, où l’avance de la Chine est déjà concrète et difficile à rattraper : celle de l’intelligence artificielle physique.

L’IA qui sort des ecrans

L’IA physique, c’est l’IA qui agit dans le monde réel : les robots humanoïdes dans les usines, les drones de livraison dans les villes, les véhicules autonomes sur les routes, les bras articulés dans les entrepôts. A la différence d’un modèle de langage qui traite du texte, ces systèmes percoivent leur environnement via des capteurs et y interagissent physiquement. C’est ce que certains appellent aussi l' »embodied AI », l’IA incarnée.

Selon une analyse publiée par TIME Magazine cette semaine, la Chine a pris une avance significative dans ce domaine. En 2025, plus de 80 % des installations mondiales de robots humanoïdes étaient d’origine chinoise. Un chiffre qui n’est pas le résultat d’un coup d’éclat, mais d’une décennie d’investissements coordonnés.

Le Gala du Printemps 2026 : des dizaines de robots humanoïdes Unitree ont execute des routines d’arts martiaux synchronises devant des centaines de millions de telespectateurs (China Media Group)

Une supply chain taillee pour le monde physique

La domination chinoise dans la robotique physique ne repose pas sur un seul avantage, mais sur une superposition de forces dans la chaine d’approvisionnement. Voici quelques faits concrets :

La Chine controle environ 70 % du marche mondial des lidars, ces capteurs optiques essentiels pour la perception spatiale des robots et des vehicules autonomes. Suzhou-based Leaderdrive est devenu l’un des plus grands producteurs mondiaux de reducteurs harmoniques, des composants mecaniques critiques pour les articulations robotiques. Eyou Robot Technology a ouvert a Shanghai la premiere ligne de production automatisee au monde pour les articulations de robots humanoïdes. Enfin, ESTUN et Inovance s’imposent comme acteurs dominants dans les controleurs robotiques.

A cela s’ajoute un effet d’entrainement massif de l’industrie des vehicules electriques. Les batteries, les capteurs, les actionneurs et les electroniques de puissance developpees pour les VE chinois se retrouvent directement dans les robots. Resultat : le cout du hardware robotique a plus que diminue de moitie en quelques annees, rendant les robots chinois a la fois moins chers et renouvelables plus vite que leurs concurrents occidentaux.

Unitree a livre 36 fois plus de robots qu’Amazon et Tesla reunis

Les chiffres de 2025 sont revelateurs. Sur les 13 317 robots humanoïdes livres dans le monde cette annee-la, les entreprises chinoises representaient la tres grande majorite. Agibot et Unitree dominaient le classement, suivies de UBTech, Leju Robotics, Engine AI et Fourier Intelligence.

Selon TechCrunch, Unitree a livre a lui seul environ 36 fois plus d’unites que Figure AI et Tesla Optimus combines. Ce n’est pas seulement une question de capacite de production : c’est aussi le signe d’une adoption commerciale qui depasse largement le stade du prototype.

Pour 2026, Agibot prevoit entre 10 000 et 20 000 livraisons supplementaires. Le marche est en train de passer du « demo-driven » au « operations-driven », comme le formulait Yuli Zhao, directeur de la strategie chez Galbot : les clients ne veulent plus voir un robot impressionnant en video, ils veulent un robot qui travaille de facon stable dans leur usine, 8 heures par jour.

Les « dark factories » et la prochaine etape

L’horizon qui se dessine depasse la simple livraison de robots dans des usines existantes. Des entreprises chinoises experimentent deja des « dark factories », des usines entierement automatisees qui produisent des robots sans travailleurs humains. L’obscurite, ici, est literale : plus besoin d’eclairage concu pour les yeux.

Ce modele, s’il se generalise, cree une boucle auto-renforçante : des robots qui produisent des robots, a des couts marginaux decroissants. Les entreprises occidentales qui misent sur le logiciel pour rattraper leur retard hardware devront composer avec cette acceleration.

La distinction n’est pas entre « bonne » et « mauvaise » IA. Elle est entre deux strategies : l’une optimise ce qui se passe sur les serveurs, l’autre modifie ce qui se passe dans les usines, les rues et les domiciles. Pour l’instant, la Chine a pris une longueur d’avance sur ce second front.

Sources : TIME Magazine, TechCrunch