Alors que la quasi-totalité du secteur court après la forme humaine, une jeune pousse prend le contre-pied. Genesis AI a dévoilé Eno, son premier robot polyvalent, et sa décision la plus marquante a été de refuser de lui donner une silhouette humaine. Ni jambes, ni tête, ni visage.

Une tour articulée sur base à roues
Eno se déplace sur une base à roues surmontée d’une tour de panneaux articulés qui s’élève à hauteur de travail et se replie quand le robot est inactif. Une fois plié, l’ensemble atteint à peu près la taille d’un bagage de soute, pour le rangement ou le transport. Ce choix répond à une demande précise. Selon Genesis AI, des clients industriels réclamaient un robot capable de circuler dans des allées d’entrepôt standard et de se garer entre deux services, plutôt qu’une machine conçue pour démontrer la marche bipède.
L’absence de visage n’est pas un oubli. Elle contourne d’emblée le problème de la vallée de l’étrange, ce malaise ressenti face à une machine trop proche de l’humain. Les composants mécaniques que la plupart des humanoïdes laissent apparents sont ici cachés dans une coque minimale, donnant à Eno une présence sobre, plus proche du design industriel que de la science-fiction.
Des mains à 20 degrés de liberté
Au cœur du système se trouvent les mains dextres de Genesis AI, pensées pour égaler la taille, la forme et l’amplitude d’une main humaine, loin des pinces à deux doigts répandues dans l’industrie. Chaque main compte 20 degrés de liberté actifs et réversibles. Eno peut ainsi saisir, tourner et manipuler les mêmes outils, poignées de porte et récipients déjà conçus pour les humains, sans qu’il faille réaménager l’environnement autour du robot.
Le corps a été développé conjointement avec GENE, le modèle de fondation maison, désormais dans sa version GENE-26.5. Matériel et intelligence forment un seul système plutôt qu’une IA ajoutée après coup. À partir d’un objectif de haut niveau, GENE permet à Eno de conserver une mémoire, de raisonner face à des conditions changeantes et de planifier des tâches en plusieurs étapes sur de longues durées, comme réapprovisionner une ligne de production ou remettre en ordre un site entre deux services.
Des racines françaises dans le tour de table
Fondée en décembre 2024 par Zhou Xian, docteur en robotique de Carnegie Mellon, et Théophile Gervet, ancien chercheur chez Mistral AI, Genesis AI est sortie de l’ombre en juillet 2025 avec une levée de 105 millions de dollars co-menée par Eclipse Ventures et Khosla Ventures. Le tour de table réunit aussi Bpifrance, HSG, Eric Schmidt, Xavier Niel, la roboticienne du MIT Daniela Rus et le chercheur en vision par ordinateur Vladlen Koltun. Une liste d’investisseurs très orientée recherche pour une startup à peine âgée d’un an et demi.
Faute de visage, Eno mise sur un écran optionnel monté sur le torse. Il n’imite pas une expression : il affiche le raisonnement du robot et ses prochaines actions en temps réel, comme une fenêtre de diagnostic. Les personnes qui travaillent à ses côtés voient ce que la machine s’apprête à faire, ce qui construit la confiance par la lisibilité plutôt que par la personnalité.
Premiers déploiements fin 2026
Genesis AI prévoit des déploiements ciblés d’ici la fin 2026, en commençant par l’industrie, la logistique et les laboratoires, là où les sols sont plats et les trajets prévisibles, avant l’hôtellerie, la santé, puis à terme le domicile. Le conglomérat LG CNS s’est déjà engagé comme partenaire de déploiement. Les spécifications de prototype relevées par Forbes évoquent une charge utile de 3 à 5 kilogrammes par bras et quatre à six heures d’autonomie, chiffres encore en cours d’optimisation avant la production.
Le pari de Genesis AI tient en un mot : la lisibilité. La conviction est qu’un robot dont on peut prévoir les gestes gagnera plus facilement la confiance dans une usine ou un hôpital qu’une machine cherchant à nous ressembler. Face à Figure, Atlas de Boston Dynamics ou Optimus de Tesla, qui misent tous sur la forme humaine comme voie la plus rapide vers des espaces conçus pour l’homme, Eno affirme un pari inverse.

