À Kunshan, ville industrielle de la banlieue de Shanghai, une usine Foxconn a réduit ses effectifs de 110 000 à 50 000 salariés après l’installation de robots. Les travailleurs évincés se retrouvent souvent dans les parcs publics, sans activité stable ni perspective claire. Un cas qui illustre brutalement ce que la robotisation industrielle change concrètement sur le terrain.
Kunshan, laboratoire de l’automatisation chinoise
Kunshan a bâti sa richesse sur la fabrication électronique. En 2016, les autorités locales annonçaient déjà que 600 entreprises de la ville prévoyaient d’adopter des robots dans un futur proche. Depuis, le mouvement ne s’est pas arrêté. La ville a attiré des parcs industriels spécialisés dans la fabrication intelligente et la logistique automatisée, dans le cadre d’une stratégie nationale assumée.
Concrètement, à l’usine Foxconn en question, ce n’est pas la fermeture qui frappe les observateurs mais la continuité. La production tourne toujours. Ce sont les travailleurs humains qui ont disparu, remplacés par des machines qui vissent, soudent et assemblent sans interruption.
La Chine domine la robotique industrielle mondiale
Les chiffres de la Fédération internationale de la robotique (IFR) donnent la mesure du phénomène. En 2024, la Chine comptait 2 027 000 robots industriels en activité dans ses usines. Sur ce total, 295 000 nouvelles installations ont été réalisées cette année-là, soit 54 % de la demande mondiale. Aucun autre pays n’est proche de ces volumes.
En densité robotique, la Chine occupe la 3e place mondiale avec 470 robots pour 10 000 travailleurs manufacturiers. Derrière la Corée du Sud (1 012) et Singapour (770), mais nettement devant la majorité des économies développées. Ce ratio progresse chaque année.
Malgré ce rythme d’automatisation, la Chine compte encore environ 37 millions de travailleurs dans le secteur manufacturier. L’humain et la machine coexistent encore. Mais la tendance est claire : la courbe de l’emploi descend, celle de l’automatisation monte.
Le reclassement en retard sur les machines
Le ministère chinois des Ressources humaines a élargi ses programmes de formation aux métiers de la robotique industrielle et de la production intelligente. L’objectif affiché : aider les travailleurs déplacés à s’adapter aux nouvelles lignes automatisées.
Dans les faits, à Kunshan comme dans d’autres zones de la ceinture industrielle, le reclassement avance moins vite que les machines. Les usines qui installent des robots le font souvent en quelques mois. Les programmes de reconversion prennent des années. L’écart se creuse.
Des tribunaux chinois ont récemment statué que les employeurs ne peuvent pas licencier leur personnel au seul motif que l’IA ou un robot fait désormais le même travail. Ces décisions concernent surtout les cols blancs. Pour les ouvriers des chaînes d’assemblage de Kunshan, la protection reste limitée.
Foxconn n’est qu’un exemple parmi des milliers. La même logique s’applique dans l’électronique, l’automobile, l’électroménager et l’emballage. La Chine a décidé de traiter la robotisation industrielle comme une priorité stratégique nationale. Les travailleurs des parcs de Kunshan en voient le résultat, souvent sans filet.
Sources : Prism News, The New York Times, 11 juillet 2026 ; IFR World Robotics Report 2024
