Hyundai n’est plus un constructeur automobile. C’est désormais officiellement une entreprise d’intelligence artificielle physique. C’est le message qu’Euisun Chung, président exécutif du groupe Hyundai Motor, a délivré le 24 juillet lors du San Francisco AI Summit, dans un discours qui marque un tournant stratégique majeur pour le conglomérat coréen.
Une vision en trois niveaux
La vision « Physical AI » de Hyundai s’articule autour d’une progression en trois paliers. D’abord, des appareils intelligents : voitures et robots capables de percevoir et d’agir. Ensuite, des espaces intelligents : des usines où l’IA connecte et optimise chaque opération. Enfin, une intelligence intégrée à l’échelle d’une ville, où l’infrastructure urbaine tout entière fonctionne de façon organique grâce à l’IA.
Ce n’est pas une déclaration d’intention floue. Hyundai a mis des chiffres derrière sa promesse. Le groupe vise une capacité de production de 30 000 robots par an aux Etats-Unis d’ici 2028. L’usine américaine accueillera des versions de développement du nouvel Atlas électrique de Boston Dynamics, déployées en priorité sur les sites de fabrication du groupe.
Google DeepMind et Jensen Huang dans la boucle
Pour développer le cerveau de ses robots, Hyundai s’appuie sur Google DeepMind. Les deux groupes collaborent activement sur les technologies d’IA embarquée dans Atlas. En parallèle, Hyundai a rencontré Jensen Huang, PDG de NVIDIA, au siège du fabricant de puces à Santa Clara. Objectif affiché : co-construire un « Robot Reference Platform » ouvert, permettant aux universités, instituts de recherche et startups de développer des IA robotiques sur une base commune et de les tester en conditions réelles.
Les deux dirigeants ont aussi discuté de coopération sur les technologies de conduite autonome pour la marque de luxe Genesis. Rappelons qu’Hyundai a commandé 50 000 GPU Blackwell à NVIDIA en octobre dernier pour alimenter ses propres centres de calcul.
Un recrutement stratégique à Silicon Valley
Pour concrétiser cette ambition, le groupe vient de créer une nouvelle unité, l’Advanced Vehicle Platform Silicon Valley. Elle sera dirigée par Jeremy Ma, un vétéran qui a travaillé sur la conduite autonome et la robotique chez NASA, Apple et NVIDIA. Ce profil dit tout : Hyundai chasse des talents là où se construit l’avenir de la robotique intelligente.
Le groupe prévoit d’organiser en septembre un forum de recrutement technologique, le HMG Tech Talent Forum, pour attirer les meilleurs profils mondiaux en IA, logiciel et robotique. Depuis 2011, le groupe opère déjà Hyundai Cradle, un hub d’open innovation implanté dans la Bay Area pour détecter les startups prometteuses.
Au-delà de l’automobile
Ce repositionnement fait suite au rachat complet de Boston Dynamics par Hyundai en juillet, après le rachat des parts de SoftBank. Le constructeur coréen est désormais seul aux commandes de l’entreprise américaine qui a popularisé les robots Atlas et Spot. La grève de quatre heures déclenchée par les ouvriers d’Ulsan en réaction au déploiement des robots Atlas illustre à quel point cette transformation industrielle génère des tensions sociales réelles.
Chung a résumé l’enjeu en une formule : « Nous commençons avec des appareils intelligents et avançons vers une intelligence intégrée à l’échelle d’une ville. » Concrètement, cela signifie que les prochaines voitures et robots Hyundai ne seront plus des produits séparés, mais des noeuds d’un réseau d’intelligence distribuée. Un pari industriel considérable, dans une course mondiale où les Etats-Unis, la Chine et la Corée du Sud rivalisent pour définir l’ère du robot physique.


