Un robot travaillant avec six bras simultanément. Un autre grimpant des parois verticales pour souder et meuler en même temps. Un troisième maintenant la continuité d’un réseau électrique à dix mètres du sol, sans qu’aucun technicien ne s’approche des lignes sous tension. Pékin a accueilli mardi le lancement de la première exposition nationale de compétences robotiques de China Media Group (CMG), une vitrine qui marque un tournant net : la Chine passe de la démonstration à la production réelle.
MAHAKBOT : six bras, une architecture inédite
La pièce maîtresse de l’exposition est MAHAKBOT, un robot à six bras développé par iSAGEBOT, une startup de Shanghai. Son principe central : un cerveau baptisé « process-aware » alloue ses six bras en fonction de la ligne de production à servir. En simultané, le robot peut charger et décharger des pièces, brancher des câbles et visser des composants avec une précision millimétrique – prenant en charge des tâches qui exposaient jusque-là les ouvriers à des conditions dangereuses.
Sa conception est pensée pour coexister avec l’espace industriel. Chaque bras dispose de sa propre enveloppe de travail sans interférence avec les autres, grâce à un agencement spatial hétérogène. Les configurations possibles incluent quatre bras en façade, quatre en arrière, trois de chaque côté, ou encore deux en hauteur et quatre en bas. Un système de levage télescopique ajoute 300 mm d’ajustement vertical. Avec des mains préhensiles sur chacun des six bras, MAHAKBOT atteint 120 degrés de liberté. Ses secteurs cibles : automobile, pièces auto, électronique 3C et énergie.
Des robots pour les zones hostiles aux humains
Un deuxième robot présenté associe deux bras humanoïdes à une capacité d’escalade magnétique sur surfaces verticales et à un système de contrôle par grand modèle d’IA. Il peut meuler d’une main et souder de l’autre sur les parois extérieures de cuves chimiques, de navires ou d’installations énergétiques, pendant qu’un opérateur pilote l’ensemble à distance avec des lunettes de réalité virtuelle, depuis un espace sécurisé.
Dans la maintenance du réseau électrique, le robot Antelope effectue seul des séquences d’opérations complètes, éloignant définitivement les techniciens des lignes haute tension. Son pendant, le robot Sea Dragon, étend ses bras pour réaliser des interventions complexes sur des lignes de distribution sous tension situées à dix mètres du sol, en toute autonomie.
Un premier historique : les exportations dépassent les importations
En parallèle de cette vitrine technologique, un chiffre fait date. Les exportations chinoises de robots industriels ont dépassé les importations pour la première fois de l’histoire. Les produits fabriqués en Chine sont désormais vendus dans 156 pays et régions à travers le monde.
Les marques nationales occupent plus de 60 % du marché intérieur, avec une croissance annuelle moyenne de 29 % sur cinq ans. Pendant le 14e Plan quinquennal (2021-2025), près d’un million de robots sont entrés en service industriel en Chine. La couverture sectorielle progresse aussi : les robots de marques chinoises sont utilisés dans 253 sous-catégories de la classification industrielle nationale, en hausse de 12 points en cinq ans.
Pour conclure l’événement sur une note de spectacle, CCTV a annoncé l’organisation du premier championnat mondial d’escalade robotique sur le mont Taishan, dans la province du Shandong. Les escaliers de pierre de Hongmen à Zhongtianmen serviront de parcours pour tester perception, décision, exécution et fiabilité opérationnelle. Un défi qui résume bien l’ambition du secteur : faire entrer les robots dans le monde réel, pierre par pierre.
