OpenAI ne se contente plus de developper des modeles d’IA. L’entreprise, valorisee a 852 milliards de dollars, vient de publier un document de politique industrielle qui dessine sa vision de l’economie a l’ere de la superintelligence. Au menu : taxer les robots, creer un fonds souverain d’IA, et subventionner la semaine de quatre jours.
Taxer le capital, plus le travail
Le coeur de la proposition est simple : si l’IA remplace le travail humain, la base fiscale qui finance la securite sociale, Medicaid et les aides au logement va s’effondrer. OpenAI suggere de deplacer la charge fiscale du travail vers le capital. Plus concretement, l’entreprise evoque des taxes plus elevees sur les revenus des entreprises, les gains en capital et les retours generes par l’IA.
L’idee d’une taxe robot n’est pas neuve. Bill Gates l’avait proposee des 2017 : chaque robot qui remplace un emploi devrait payer le meme montant de taxes que le travailleur qu’il a remplace. OpenAI reprend ce concept sans en fixer les parametres exacts, laissant la calibration aux legislateurs.
Un fonds public pour que chaque citoyen profite de l’IA
Parmi les propositions les plus ambitieuses, OpenAI suggere la creation d’un Public Wealth Fund. Le principe : donner a chaque Americain une participation automatique dans les entreprises d’IA et les infrastructures associees, meme sans investir en Bourse. Les rendements seraient redistribues directement aux citoyens.
L’idee vise a repondre a un constat douloureux : l’IA a fait exploser les valorisations boursieres, mais la majorite de la population n’en voit pas la couleur. Un fonds souverain d’IA permettrait de socialiser une partie des gains.
Semaine de quatre jours et avantages sociaux portables
Sur le volet travail, OpenAI propose de subventionner le passage a la semaine de quatre jours sans perte de salaire. L’entreprise recommande aussi que les employeurs augmentent leurs contributions retraite, prennent en charge une plus grande part des couts de sante et financent la garde d’enfants.
Un point faible notable : ces propositions reposent sur l’employeur. Or, si l’IA supprime votre poste, l’assurance sante et la retraite liees a l’emploi disparaissent avec lui. OpenAI propose bien des comptes d’avantages portables qui suivent le travailleur d’un emploi a l’autre, mais sans garantie de financement public universel.
Securite et garde-fous
Le document aborde aussi les risques systémiques : utilisation malveillante de l’IA par des gouvernements ou des acteurs prives, cyberattaques et menaces biologiques. OpenAI propose des plans de confinement pour les IA dangereuses, de nouveaux organes de supervision et des garde-fous cibles.
En parallele, l’entreprise plaide pour l’expansion des infrastructures electriques et des centres de donnees, avec subventions et credits d’impot a l’appui. L’IA devrait etre traitee « comme un service public », selon OpenAI.
Le paradoxe d’une ex-association a but non lucratif
Ces propositions arrivent dans un contexte particulier. OpenAI, fondee comme association a but non lucratif avec la mission de faire beneficier l’IA a toute l’humanite, est devenue une entreprise a but lucratif l’annee derniere. Ses critiques y voient une contradiction entre sa mission declaree et ses obligations envers ses actionnaires.
Le document cite les precedents historiques : le New Deal avait accompagne l’ere industrielle avec de nouvelles protections sociales, des standards de securite et l’acces a l’education. OpenAI estime que « la transition vers la superintelligence necessiter une politique industrielle encore plus ambitieuse ».
Six mois plus tot, Anthropic avait publie son propre plan. La course aux propositions economiques entre geants de l’IA est lancee. Reste a savoir si les legislateurs y verront un eclairage utile ou un exercice de lobbying sophistique.