San Francisco a désormais sa boutique-arène pour robots humanoïdes. Cix Liv, ancien fondateur dans la réalité virtuelle et désormais CEO de la ligue REX (Robot Entertainment Kombat), vient d’ouvrir dans le quartier de Nob Hill ce qu’il présente comme la « première boutique humanoïde des États-Unis ». Le concept est simple : magasin le jour, fights de robots le soir. Et le combat d’inauguration entre un Engine AI et un Unitree est devenu viral en quelques heures.
Un Engine AI face à un Unitree, dans un ring improvisé
La vidéo postée sur X par Cix Liv montre deux humanoïdes face à face, dans un espace commercial transformé en arène. Le robot Engine AI, métal noir mat, encaisse et rend les coups d’un Unitree G1 noir et blanc. Les deux machines se déplacent, esquivent, frappent, encaissent des coups au visage. À un moment, les deux robots se balancent un coup de pied dans la tête simultanément et s’effondrent au sol. Un arbitre humain officie au centre du ring. Une petite foule entoure la scène et acclame chaque échange.
Deux robots aux profils opposés
Le contraste entre les deux concurrents fait partie du show. L’Engine AI est conçu pour « la performance dynamique » et cible la logistique, l’hôtellerie et la collaboration industrielle. Le Unitree G1, déjà commercialisé autour de 16 000 dollars, sait sauter, marcher à plus de 7 km/h et grimper des escaliers couverts de débris. Sa version équipée de mains anthropomorphes peut manipuler des objets de précision. Les deux modèles sont aujourd’hui considérés comme les plateformes humanoïdes les plus mûres en sortie d’usine pour le marché grand public.
Pour ce premier combat, Cix Liv n’a pas précisé si les robots étaient téléopérés, entièrement autonomes, ou pilotés par un mélange des deux. Plusieurs spécialistes notent que ces plateformes peuvent être contrôlées via un casque de réalité virtuelle comme l’Apple Vision Pro, un point qui rapproche l’expérience d’un jeu vidéo grandeur nature.
Magasin le jour, fights le soir
L’enjeu pour REX dépasse le coup de communication. « Pour familiariser les gens avec les robots dans nos vies, il faut commencer par les leur présenter », a expliqué Cix Liv au San Francisco Chronicle. Le projet : transformer la boutique en lieu de rencontre où les passants peuvent croiser, toucher, parler aux robots, puis revenir le soir voir les machines s’affronter.
Le programme va vite se densifier. La ligue UFB, Ultimate Fighting Bots, a calé un événement le 14 mai au Temple SF, dans la Bay Area. Les organisateurs promettent des combats d’humanoïdes, des chorégraphies robotiques et des performances live. Un second événement est déjà programmé pour le 17 octobre à Venice Beach, en Californie.
Le combat-robot, un format qui se structure
L’idée de combats entre humanoïdes n’est pas neuve. Unitree avait remporté le tout premier tournoi mondial de combat robotique en 2025, et le format a pris de l’ampleur au CES 2026 où le H2 du fabricant chinois s’est affiché en démonstration. La nouveauté à San Francisco, c’est la dimension business and entertainment : une vraie ligue, des lieux dédiés, un calendrier d’événements, et la perspective d’un public payant.
Cette logique rappelle les premières années d’UFC dans le mixed martial arts : des combats brutaux, peu réglementés, qui structurent ensuite une fédération, des règles et un marché média. Reste à savoir si la téléopération assumée fera tenir le storytelling sur la durée, ou si le public exigera des combats 100 % autonomes pour vraiment parler d’intelligence physique. Les fabricants chinois, qui se livrent une concurrence féroce sur les vitrines marketing, ont en tout cas trouvé un nouveau terrain de jeu hors de l’usine.
Notre analyse
Au-delà du buzz, ce qui se joue à Nob Hill, c’est l’apparition d’un nouveau canal de monétisation pour les fabricants de robots humanoïdes. Tant que les déploiements industriels prennent du temps à se concrétiser, les ligues entertainment offrent un débouché immédiat, médiatique et lucratif. C’est ce que les drones de course ont fait pour DJI et compagnie au début des années 2010, avant que la livraison et l’inspection industrielle ne prennent le relais. Pour Engine AI et Unitree, accepter de mettre leurs machines sur un ring est aussi une démonstration commerciale grandeur réelle.

