La startup européenne All3 vient d’annoncer une levée de fonds de 25 millions de dollars pour automatiser de bout en bout la construction de logements, depuis le brief de l’architecte jusqu’à la remise des clés. Le pari : remplacer la chaîne de valeur traditionnelle par une plateforme IA et un robot quadrupède de chantier baptisé Mantis.
Le tour de table en seed a été mené par RTP Global, l’investisseur early-stage qui compte Datadog, Delivery Hero et SumUp à son portefeuille. SuperSeed, Begin Capital, s16vc et VNV Global ont également participé. Jelmer de Jong, partner chez RTP Global, rejoint le board de la jeune pousse.

Une chaîne de valeur entièrement repensée
Fondée par Rodion Shishkov, entrepreneur passé par la robotique industrielle et la logistique retail, All3 opère depuis Berlin et Zoug, avec des centres de R&D à Londres et Belgrade. La société est sortie de stealth mi-2025 après avoir testé son système robotique en Serbie.
L’argument différenciant tient en un mot : verticalisation. Là où la plupart des startups vendent une brique aux constructeurs, All3 se positionne en remplacement complet. « Les promoteurs trouvent les terrains et gèrent les permis et le financement, nous nous occupons du reste », résumait Shishkov à The Robot Report en juin 2025.
Concrètement, la plateforme repose sur trois composants intégrés. Un logiciel de design IA traduit un brief ou une adresse en projet conforme aux règles d’urbanisme locales et aux contraintes de production robotisée. Des micro-usines modulaires fabriquent ensuite des composants sur mesure en composites bois-structurel, avec une précision revendiquée de 0,2 mm. Enfin, le robot Mantis prend le relais sur le chantier.
Mantis, le quadrupède qui veut remplacer le compagnon
Le Mantis est un robot autonome à quatre pattes, doté d’une charge utile de 100 kg et d’un bras manipulateur de 4 mètres. Il pose les éléments, les fixe, finit et inspecte. Le choix de la locomotion à pattes plutôt que des roues n’est pas anodin : sur un chantier en cours, le sol est rarement plat, encombré de gravats, de palettes et de câbles. Là où un AGV à roues serait coincé, le Mantis avance.
Côté matériau, All3 mise sur les composites bois-structurel, qui stockent du CO₂ pendant leur production au lieu d’en émettre. Le béton, lui, pèse 7 à 8 % des émissions mondiales de CO₂. La société revendique jusqu’à 30 % d’économies de coût, 50 % de délais en moins et 25 % de carbone embarqué en moins, des chiffres issus de sa modélisation interne et qui n’ont pas été audités par un tiers indépendant à ce stade.
L’Allemagne comme tête de pont
Les fonds levés serviront à accélérer la R&D à Londres et Belgrade et à déployer la flotte de robots sur les premiers chantiers commerciaux en Allemagne, marché de lancement choisi par All3. La première pierre est attendue avant la fin 2026.
Le choix n’a rien d’anodin. L’Allemagne fait face à une pénurie chronique de logements et de main-d’œuvre dans le BTP, problème qui touche tout le continent. La startup affirme avoir déjà fait passer plus de 100 000 m² de projets résidentiels par sa plateforme de design IA, ce qui constitue selon elle son pipeline 2026-2027 en Allemagne. Elle ne précise pas l’identité ni le nombre de promoteurs concernés.
Un secteur encore figé
All3 n’est pas la première à parier sur l’automatisation du BTP. Le néerlandais Monumental a déjà construit un robot maçon opérationnel sur des chantiers commerciaux et levé 25 millions de dollars. Mais la plupart des concurrents s’attaquent à une seule étape de la chaîne : la maçonnerie, le coffrage, le finissage.
La construction reste l’un des secteurs les moins automatisés au monde, avec une productivité quasi stable depuis 50 ans pendant que la logistique et l’industrie ont été transformées. Si All3 réussit son pari, ce serait l’un des premiers exemples concrets d’IA physique appliquée à un secteur de la vieille économie, à l’échelle de bâtiments entiers.
Sources : The Next Web, TechFundingNews, Ventureburn.