Alphabet a annoncé lundi une levée de fonds géante de 80 milliards de dollars pour financer l’explosion de ses besoins d’infrastructure IA. La maison mère de Google fait entrer Berkshire Hathaway, le conglomérat de Warren Buffett, au capital pour 10 milliards, un signal stratégique fort à l’heure où Wall Street commence à s’interroger sur le retour sur investissement des méga-capex des géants américains.
Le placement privé prévoit la vente à Berkshire de 5 milliards d’actions de classe A à 351,81 dollars et 5 milliards d’actions de classe C à 348,20 dollars, dans les deux cas en dessous des cours de clôture du jour. L’action Alphabet a perdu 2 % en after-hours sur l’annonce, dilution oblige.
Une enveloppe globale en trois tranches
Au-delà de Berkshire, Alphabet structure sa levée en trois temps. Le groupe lance d’abord 30 milliards d’offres publiques concurrentes, réparties à parts égales entre des depositary shares adossées à des actions préférentielles convertibles obligatoires, et des actions ordinaires de classe A et C. La banque a confié le placement à un syndicat bancaire classique.
La société met également en place un programme at-the-market de 40 milliards de dollars qui démarrera au troisième trimestre. Ce dispositif permet à Alphabet de vendre progressivement ses actions sur le marché en fonction des besoins, sans engager un calendrier rigide. La combinaison des trois tranches porte la capacité de financement à 80 milliards, sans compter les 85 milliards de dette déjà levés sur les douze derniers mois en six devises différentes. Le total des passifs financiers d’Alphabet dépasse désormais les 100 milliards de dollars.
Un capex IA porté à 190 milliards de dollars en 2026
Le contexte explique l’agressivité du calendrier. En avril, Alphabet a relevé de 5 milliards sa prévision de dépenses d’investissement annuelles, désormais comprise entre 180 et 190 milliards de dollars. Le groupe justifie ces sommes par une demande qui dépasse l’offre disponible sur ses solutions IA, qu’il s’agisse des outils business comme Gemini Enterprise ou des puces TPU vendues via Google Cloud. Selon la communication financière de la société, la demande d’inférence et d’entraînement déborde les capacités existantes.
L’arrivée de Berkshire Hathaway est tout sauf anecdotique. Le conglomérat de Warren Buffett, dont Greg Abel est désormais le PDG, a déjà plus que triplé sa participation dans Alphabet au premier trimestre, portant sa position commune à 16,6 milliards de dollars. C’est l’une des plus grosses lignes du portefeuille actions du holding d’Omaha. Bill Stone, directeur des investissements chez Glenview Trust, lit l’opération comme une validation : Greg Abel pense qu’Alphabet dégagera un retour raisonnable sur son capex IA, malgré la dilution induite par les nouvelles émissions.
La course à l’infrastructure compute s’accélère
Cette levée s’inscrit dans une vague qui touche l’ensemble des hyperscalers. SoftBank vient d’annoncer 75 milliards d’euros pour bâtir une grille de data centers en France. Microsoft, Amazon et Meta dépensent collectivement plus de 400 milliards de dollars en capex IA cette année. Anthropic prépare une introduction en Bourse confidentielle visant une valorisation proche du trillion.
Le marché reste partagé sur la soutenabilité de cette course. Côté positif, Alphabet a montré que ses TPU se vendent désormais à des clients externes comme Anthropic, et que Gemini 3 Pro reste un des trois modèles les mieux notés au monde. Côté négatif, transformer 100 milliards de dépenses annuelles en revenus suffisants pour amortir le matériel exige une croissance ininterrompue de la demande. Le moindre ralentissement provoquerait une dévalorisation massive des actifs.
Notre analyse
L’investissement de Berkshire change la nature du débat. Quand un acteur connu pour son aversion au risque technologique met 10 milliards sur la table, il valide implicitement la thèse de la rentabilité à long terme. C’est un signal puissant pour les investisseurs institutionnels qui hésitaient à suivre la trajectoire capex des géants. Buffett et Greg Abel ne signent pas un chèque pour la mode IA, ils achètent une part dans une infrastructure qu’ils estiment indispensable au prochain cycle économique.
L’angle robotique de cette levée mérite d’être souligné. Alphabet pousse Gemini Robotics, possède Intrinsic, et investit massivement dans Wayve via ses partenariats Stellantis. Les 80 milliards ne financent pas seulement des data centers : ils alimentent une plateforme qui se positionne pour orchestrer la prochaine vague d’humanoïdes industriels, en concurrence directe avec NVIDIA Isaac GR00T. La bataille des couches logicielles de la robotique se joue désormais à coups de dizaines de milliards. Et Google a maintenant l’argent pour rester dans le match.