Ils se font une concurrence féroce sur les marchés, se disputent les ingénieurs et les GPU, et s’affrontent par communiqués interposés. Mais cette semaine, Sam Altman (OpenAI), Demis Hassabis (Google DeepMind) et Dario Amodei (Anthropic) ont chacun publié un mémo sur la même question : comment réguler les modèles IA les plus puissants au monde. Et leurs diagnostics sont quasi identiques.

Ce sur quoi ils s’accordent
Les trois plans ont été publiés sur cinq semaines, révèle Axios qui a comparé les documents. Les convergences sont frappantes pour une industrie aussi compétitive. Premièrement, tous les trois veulent des tests indépendants avant chaque release de modèle frontier. Fini l’auto-déclaration : un tiers évalue les risques avant la mise en production.
Deuxièmement, ils s’accordent sur la nécessité d’un organisme unique chargé de fixer les standards, certifier la conformité et restreindre l’accès aux modèles jugés trop dangereux. Troisièmement, tous trois veulent que les États-Unis mènent ce chantier, plutôt qu’un patchwork de réglementations étatiques ou de règles nationales concurrentes. Enfin, chacun pointe les mêmes risques prioritaires : cyberattaques et bioweapons comme menaces immédiates à la sécurité nationale.
Là où ils se séparent : le niveau de contrôle gouvernemental
Les divergences portent sur l’architecture du contrôle. Amodei, qui a déjà plaidé pour une pause coordonnée sur l’IA frontier, veut une agence fédérale style FAA ou FDA, avec le pouvoir de bloquer une release. Une autorité de sécurité qui dit non.
Hassabis propose un modèle plus souple, comparable à la FINRA américaine : un organisme financé par l’industrie mais supervisé par le gouvernement, qui commence par des revues volontaires. Sa publication a provoqué une réaction rare. Altman a salué le plan comme « réfléchi ». Nadella de Microsoft l’a qualifié de porteur d’un « écosystème frontier qui favorise l’innovation ». Musk lui-même a parlé d' »un bon point de départ ». Même Jack Clark d’Anthropic, concurrent direct, a dit « excellent ».
Altman, dans une tribune dans le Financial Times, privilégie une architecture internationale style AIEA, utilisant l’accès aux modèles et aux marchés américains comme levier de conformité pour les autres pays.
Le contexte : Washington a déjà agi deux fois
Ces memos ne sortent pas du vide. Sur les cinq mêmes semaines, l’administration Trump a restreint ou retardé deux releases majeures : Fable 5 d’Anthropic et GPT-5.6 d’OpenAI, toutes deux pour des risques cyber identifiés par des agences fédérales. Le gouvernement est officiellement anti-régulation, mais en pratique il freine déjà.
C’est cette tension qui explique la convergence des trois PDG. Mieux vaut proposer un cadre de régulation avant qu’il soit imposé. Et proposer un cadre que l’on peut façonner.
Le risque de capture réglementaire
Les critiques ne tardent pas. OpenAI, Google et Anthropic ont les équipes juridiques, les équipes de sécurité et les relais à Washington pour absorber une certification lourde. Les startups et les projets open source n’ont ni l’une ni l’autre. La régulation qu’ils proposent pourrait ainsi devenir une barrière à l’entrée déguisée en mesure de sécurité.
Mark Zuckerberg, dont Meta a misé massivement sur l’open source avec Llama, serait en train de préparer son propre mémo. La réponse de Meta sera probablement très différente des trois plans publiés cette semaine.