Anthropic affirme avoir neutralisé, entre décembre 2025 et août 2026, plusieurs opérations malveillantes dans lesquelles Claude ne servait plus seulement d’assistant, mais d’outil d’exécution ou d’orchestration. Son nouveau rapport de renseignement sur les menaces décrit des campagnes de cyberespionnage, d’influence, de surveillance, de fraude, de développement d’armes et de distillation illicite de modèles.
Le document, publié le 10 septembre, porte sur des cas détectés par les équipes d’Anthropic. L’entreprise précise qu’ils ne représentent pas les usages ordinaires de ses services, mais les activités les plus notables observées sur la période. Elle dit avoir fermé les comptes concernés, renforcé ses protections et partagé certains renseignements avec les autorités et des partenaires du secteur.
Des agents mobilisés sur toute la chaîne d’attaque
Le principal constat concerne l’automatisation. Selon le rapport d’Anthropic, une majorité des opérations étudiées utilisaient l’IA pour exécuter directement des tâches ou coordonner des outils. Les humains choisissaient encore les cibles et examinaient les données récupérées, mais des agents pouvaient prendre en charge la reconnaissance, la préparation de l’infrastructure, l’exploitation et l’exfiltration.
Anthropic détaille notamment une opération attribuée à un acteur russophone dont les méthodes correspondent, selon son analyse, à celles d’un groupe lié à l’État russe. Un ensemble d’agents surveillait la détection de logiciels malveillants par les produits de sécurité, puis modifiait et recompilait automatiquement les outils jusqu’à ce qu’ils ne soient plus signalés. D’autres flux de travail servaient à enregistrer des domaines, configurer des serveurs et piloter des campagnes d’hameçonnage.
L’entreprise indique que plus de vingt organisations figuraient dans la planification ou les opérations de cet acteur, principalement des administrations, des représentations diplomatiques et des structures de défense en Ukraine et en Europe. Des fabricants de composants pour drones et un fournisseur de systèmes de vision auraient aussi été ciblés. Ces affirmations proviennent d’Anthropic et ne constituent pas, à elles seules, une attribution indépendante.
Le niveau technique devient un indicateur moins fiable
Le rapport estime que les outils d’IA réduisent l’écart entre des groupes disposant de ressources importantes et des opérateurs isolés. Une campagne techniquement élaborée ne suffit donc plus à déduire la taille ou le niveau de financement de son auteur. Les mêmes mécanismes d’orchestration peuvent être employés par des services étatiques, des cybercriminels ou des militants.
Anthropic cite aussi des usages liés à la surveillance de dissidents, aux escroqueries, aux opérations d’influence, aux armes conventionnelles et biologiques, ainsi qu’à la copie de capacités de modèles. Les modèles Claude Haiku, Sonnet et Opus ont été impliqués dans les cas recensés. L’entreprise affirme n’avoir relevé aucun abus impliquant Claude Fable ou Mythos, sauf un cas de distillation illicite.
Notre analyse
L’intérêt du rapport tient moins à la découverte d’un nouvel outil offensif qu’au changement d’échelle opérationnel. Des agents capables d’enchaîner des tâches rendent les campagnes plus rapides, plus persistantes et moins coûteuses. Pour les défenseurs, les signatures statiques perdent de leur efficacité si un logiciel malveillant peut être reconstruit dès qu’il est détecté.
Le document doit cependant être lu avec prudence : Anthropic sélectionne les cas, contrôle les données observées sur sa plateforme et décrit ses propres mesures de protection. Sa publication apporte des détails utiles sur l’évolution des pratiques, mais une évaluation complète nécessitera des recoupements par d’autres fournisseurs, des équipes de réponse aux incidents et les organisations visées.
