La course mondiale à l’intelligence artificielle alimente une vague de construction de data centers aux États-Unis. Mais la résistance monte. Des législateurs d’au moins 14 États étudient désormais des interdictions ou des moratoires temporaires sur ces nouvelles installations, selon la National Conference of State Legislatures.
Électricité et eau au cœur du bras de fer
Ces infrastructures réclament d’énormes quantités d’électricité et d’eau pour fonctionner et refroidir leurs serveurs. Les critiques réclament une approche prudente, le temps pour les élus locaux d’évaluer les effets à long terme. Face à eux, les partisans, dont l’administration Trump, considèrent que ces data centers sont indispensables pour distancer la Chine dans la bataille de la domination en IA.
Le mouvement prend des formes variées selon les territoires. En Géorgie, des propositions veulent bloquer la construction jusqu’en 2028. Dans le Maine, un moratoire visant les plus grandes installations jusqu’à fin 2027 a récemment été opposé par un veto. En Caroline du Sud, des mesures cherchent à interdire toute validation locale tant que l’État n’aura pas adopté un cadre de supervision complet. En Pennsylvanie, des élus réclament un moratoire de trois ans assorti d’études d’impact. D’autres tentatives ont échoué pour l’instant, notamment en Oklahoma, dans le Minnesota et le New Hampshire.
Un maillage déjà dense
Le contexte donne la mesure de l’enjeu. Plus de 3 000 data centers fonctionnent déjà sur le territoire américain, et plus de 1 500 nouvelles installations sont à divers stades de construction, selon le Pew Research Center. La majorité des projets à venir se situent en zone rurale, en particulier dans le Sud et le Midwest, alors que 87 % des sites existants se trouvent en milieu urbain. En avril, la Virginie et le Texas comptaient le plus grand nombre de centres en activité, devant la Californie, l’Ohio et l’État de New York.
La question de l’eau devient explosive
Le point le plus sensible concerne les ressources hydriques. Plusieurs installations, en projet ou en chantier, sont situées directement au-dessus ou à proximité de l’aquifère d’Ogallala, une nappe phréatique qui soutient une large part de la production agricole américaine. Un site de 438 acres près d’Odessa, au Texas, doit démarrer ses travaux l’an prochain, tandis que Microsoft a annoncé en avril l’achat d’environ 3 200 acres supplémentaires dans le Wyoming.
Cet aquifère, qui s’étend sous huit États, figure parmi les ressources en eau souterraine les plus précieuses d’Amérique du Nord. Or les pertes se poursuivent depuis des décennies dans certaines sous-régions, avec des taux d’épuisement dépassant les 100 000 acre-pieds par an et près de 27 % de l’eau stockée déjà disparue par endroits.
Résultat : le débat déborde largement la seule question technologique. Il oppose désormais l’appétit énergétique de l’IA aux préoccupations concrètes des habitants sur leurs factures d’électricité, leurs nappes phréatiques et leurs terres agricoles. Un affrontement qui s’annonce durable, à mesure que la demande de calcul explose.