Chine et Asie

Chine : la guerre des talents en robotique humanoïde fait doubler les offres et propulse certains salaires à 18,3 millions de dollars

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

La Chine entre dans une guerre des talents ouverte autour de la robotique humanoïde. Le rapport « 2026 Robotics Talent Supply and Demand Trend Report » publié mercredi par l’Institut Big Data de Liepin, plateforme d’emploi chinoise, fait état d’une hausse de 75,26 % des recrutements dans la robotique sur un an, et d’un bond de 215,8 % sur le seul segment des humanoïdes.

Le salaire annuel moyen atteint 328 000 yuans (environ 42 000 euros) sur l’ensemble du secteur et grimpe à 406 100 yuans (52 000 euros) côté humanoïdes. Mais ces moyennes cachent une enchère beaucoup plus brutale au sommet de la pyramide.

UBTECH met 18,3 millions de dollars sur la table

UBTECH, valeur boursière phare de la robotique humanoïde chinoise, recrute depuis le début du mois un chief scientist pour la physical AI. Le poste affiche un salaire de base annuel de 15 millions de yuans (environ 1,9 million d’euros) et une rémunération totale, bonus de performance inclus, pouvant atteindre 124 millions de yuans, soit 18,3 millions de dollars. Selon Liepin, c’est le record de l’industrie pour une seule offre.

La demande se concentre sur les profils techniques. Trois familles de métiers (algorithm engineers, mechanical structure engineers et robotics engineers) cumulent à elles seules plus de 30 % des besoins. La plus forte croissance d’embauche concerne les ingénieurs en structure mécanique (+99,19 %), suivis par les ingénieurs procédés (+95,40 %), automatisation (+79,45 %) et contrôle électronique (+73,72 %).

Shenzhen, Shanghai et Beijing concentrent l’offre

Shenzhen, capitale du Guangdong, capte 19,64 % des annonces et arrive en tête, devant Shanghai et Beijing. Côté formations, le top 5 des universités fréquentées par les actifs du secteur range Shanghai Jiao Tong, Tsinghua, Fudan, Pékin et Zhejiang. Plus surprenant, les écoles aérospatiales (Harbin Institute of Technology, Beihang, Nanjing Aeronautics, Northwestern Polytechnical) montent fortement, signe d’une convergence entre robotique, aérospatial et sciences du contrôle.

Le rapport met aussi en lumière la montée des fonctions commerciales. Les postes de sales manager et team leader progressent de 79,3 %, ceux liés aux solutions de 108,47 %. Concrètement, le marché bascule de la R&D pure à la commercialisation, et les industriels embauchent des forces de vente capables de pousser les robots dans les usines, les hôpitaux et la logistique.

Pékin reconfigure les diplômes universitaires

Pour répondre à la pénurie, le gouvernement central rebat les cartes côté formation. Le ministère des Ressources humaines a chiffré le déficit de talents IA à 5 millions de personnes. Le ministère de l’Éducation a élargi ce mois-ci la liste des universités proposant un cursus « Physical AI » à neuf établissements, parmi lesquels Beihang, Shanghai Jiao Tong et Zhejiang. Trois nouvelles spécialités font leur apparition au catalogue national : « Future Robotics », « Cross-Engineering » et « Brain-Computer Science and Technology ».

Le State Council souligne par ailleurs que le ratio offre/demande en techniciens robotiques atteint 5,2 pour 1, autrement dit plus de cinq postes ouverts pour chaque candidat qualifié. Les premières promotions seront recrutées dès la rentrée 2026.

L’argent suit, et il pleut

Les capitaux ne manquent pas pour alimenter cette accélération. D’après IT Juzi, 151 deals d’investissement avaient été révélés dans la physical AI chinoise au 21 avril, dont 18 tickets supérieurs à un milliard de yuans (environ 130 millions d’euros). En janvier, le constructeur d’humanoïdes X Square Robot a clôturé une série A++ d’un milliard de yuans. En février, le Beijing Humanoid Robot Innovation Center, à l’origine du robot Tiangong vainqueur du semi-marathon humanoïde, a bouclé un premier tour externe de 700 millions de yuans.

Caixin résume ce qui se joue : « Cette année marque un point de bascule pour l’industrie chinoise de la physical AI et des humanoïdes, qui passe à la production de masse et à la commercialisation. » Pour les concurrents européens et américains, l’équation est claire : les sites chinois ne se contentent plus d’aligner les usines, ils raflent désormais les ingénieurs capables de les faire tourner.