Dans une station-service de Foshan, dans le sud de la Chine, un robot humanoïde a commencé à faire le plein à la place des employés. Le conducteur reste assis dans sa voiture, scanne un QR code pour commander et payer, et la machine se charge du reste.
Un pompiste humanoïde nommé Lanyue 01
Le robot s’appelle Lanyue 01. Il a été développé par Ruoyu Technology, une entreprise basée à Shenzhen. Une fois la commande passée, il planifie seul son trajet jusqu’au véhicule, coordonne ses deux mains pour ouvrir la trappe extérieure, dévisser le bouchon du réservoir, manipuler le pistolet et doser la quantité de carburant.
L’opération demande une précision que peu de robots de service maîtrisent encore. Saisir un bouchon, l’orienter, le dévisser puis insérer un pistolet dans un orifice étroit suppose une bonne perception visuelle et une commande fine des deux bras. Ruoyu Technology attribue ces capacités à son cerveau embarqué maison, baptisé Jiutian.
Pensé pour les environnements à risque
Une station-service n’est pas un environnement anodin pour une machine électrique. Les vapeurs d’hydrocarbures imposent des normes strictes. Selon son constructeur, Lanyue 01 détient la certification antidéflagrante de plus haut niveau en Chine, ce qui lui permet d’opérer là où la moindre étincelle est proscrite.
Le robot est aussi conçu pour résister à des conditions difficiles. Ruoyu Technology évoque un fonctionnement fiable par grand froid, à plusieurs dizaines de degrés sous zéro, en altitude ou sous la pluie. Sa mobilité repose sur une base à roues omnidirectionnelle, et ses effecteurs en bout de bras sont interchangeables. Un même robot peut ainsi couvrir plusieurs îlots de distribution sans interruption.
Répondre à la pénurie de main-d’œuvre
L’argument économique est clair. Une station qui tourne avec un robot en continu évite les rotations en trois-huit imposées aux employés. Le constructeur met en avant un allègement des tensions de recrutement et de la pression aux heures de pointe, deux problèmes récurrents dans le secteur.
Le déploiement reste pour l’instant au stade des essais. Mais la trajectoire chinoise sur les humanoïdes de service est rapide, et ce type de poste répétitif, en environnement contrôlé, fait figure de terrain d’apprentissage idéal. La conception antidéflagrante et les effecteurs interchangeables ouvrent d’ailleurs d’autres pistes : inspection industrielle, intervention en zone à risque, sites portuaires ou installations énergétiques.
Pour l’usager, le changement est presque invisible. Il commande depuis son téléphone, attend quelques minutes, et repart le plein fait. Reste à voir si les automobilistes accepteront durablement de confier leur réservoir à une paire de bras articulés.
