Faraday Future, le constructeur californien longtemps tiré par sa berline électrique FX Super One, vient d’annoncer un virage radical. Dans son rapport financier du premier trimestre 2026 publié hier, la société cotée au Nasdaq sous le ticker FFAI se présente officiellement comme une « société d’écosystème Physical AI ». Le pivot s’appuie sur 68 robots Embodied AI livrés en quatre mois et une cible relevée à 1 500 unités sur l’ensemble de l’exercice 2026.
Le chiffre d’affaires robotique du trimestre, 512 000 dollars, est presque équivalent au CA total de l’année 2025 entière (536 000 dollars). C’est modeste à l’échelle d’un Nasdaq, mais le ratio est inhabituel : 26 % de ce revenu provient de « packs de compétences logicielles », c’est-à-dire des modules vendus séparément du hardware. Faraday Future essaie de transposer le modèle économique des stores d’apps au marché du robot physique.
Une gamme à quatre robots, certifiés aux États-Unis
Le constructeur exploite quatre lignes de produits. Le Futurist et le Master sont des humanoïdes positionnés sur l’éducation et la sécurité. Le FX Aegis est un robot quadrupède qui vient d’obtenir sa certification de conformité complète aux États-Unis, ce qui permet de convertir toutes les unités déjà livrées en ventes définitives. Une quatrième machine, dont les caractéristiques n’ont pas filtré, sera dévoilée début juin et devra porter l’accélération du second semestre.
Les cas d’usage cités par Faraday Future sont l’éducation, l’inspection de sécurité, l’accueil et les visites guidées, la performance scénique et la recherche universitaire. La société affirme avoir reçu plus de 1 200 précommandes payées, non contractuelles, depuis le lancement. Le pari principal : devenir le premier acteur à bâtir aux États-Unis un système éducatif Physical AI à grande échelle, en s’appuyant sur la nouvelle FF EAI Robotics Education and Innovation Lab, inaugurée en avril avec la trésorière de l’État de Californie Fiona Ma.
Un écosystème « Three-in-One » qui s’inspire des LLM
Le constructeur structure sa stratégie autour de trois piliers : le terminal (les robots), la donnée (la « Data Factory » qui collecte et raffine les données opérationnelles en données d’entraînement) et le cerveau (la couche logicielle ouverte aux développeurs). La Data Factory a signé son premier contrat de vente en mai. Faraday Future a aussi lancé son portail développeur et présente Open Claw comme l’un des composants de sa plateforme ouverte.
L’approche est calquée sur ce que font OpenAI ou Anthropic avec leurs LLM : centraliser la collecte de données, raffiner massivement, redistribuer la couche modèle. Sauf que le terrain physique impose des contraintes radicalement différentes. Collecter mille heures de manipulation d’objets coûte des ordres de grandeur plus cher que scraper du texte sur le web. Faraday Future parie sur ses déploiements éducatifs pour générer ce flux à coût marginal réduit.
Une opération de crédibilité financière
Le contexte est aussi celui d’une reconstruction financière. L’enquête de la SEC ouverte depuis quatre ans s’est conclue en mars sans pénalité ni action légale contre la société ou ses dirigeants. Cette clôture lève une hypothèque historique. Dans la foulée, Faraday Future a sécurisé 45 millions de dollars de financement auprès d’investisseurs institutionnels américains et restructuré un accord de 12 millions de dollars avec une partie tierce désignée AIXC.
La perte opérationnelle du trimestre reste lourde, 35,9 millions de dollars, mais en recul de 18 % sur un an. Les frais généraux et administratifs ont chuté de 33 % grâce à la baisse des frais juridiques. Le fondateur YT Jia, qui avait été contraint de partager le poste de CEO, est officiellement réinstallé seul à la tête du groupe avec Jerry Wang comme chairman exécutif. Le board a accepté la démission de Matthias Aydt, qui codirigeait la société.
Reste le verdict du Nasdaq. Faraday Future doit respecter l’exigence de cours minimum à 1 dollar pendant sa période de grâce de 180 jours. Le pivot vers la Physical AI est aussi une opération de communication financière, destinée à convaincre les marchés que le narratif robotique vaut une recotation. Les 1 500 robots promis pour 2026 sont la métrique qui dira si la trajectoire tient ou s’effondre.
