Alphabet va engager jusqu’à 40 milliards de dollars dans Anthropic, selon Bloomberg et confirmé par TechCrunch le 24 avril. Le montage prévoit 10 milliards immédiatement, sur une valorisation de 350 milliards, puis 30 milliards supplémentaires si Anthropic atteint certains objectifs de performance.
Le calendrier n’est pas anodin. Au moment où Google ouvre cette ligne de financement, Anthropic vient de livrer Mythos, son modèle le plus puissant à ce jour, à un cercle restreint de partenaires. La société garde un accès limité en raison du potentiel de détournement, notamment côté cybersécurité, même si Bloomberg rapporte que le modèle a déjà fuité auprès d’utilisateurs non autorisés. Mythos est aussi cher à exploiter à grande échelle, ce qui justifie la course au compute.
Cinq gigawatts de TPU sur cinq ans
Le deal n’est pas qu’une affaire de cash. Google Cloud va fournir 5 gigawatts de capacité de calcul supplémentaires à Anthropic sur les cinq prochaines années, avec marge d’extension. La relation entre les deux entreprises remonte à plusieurs années. Plus tôt en avril, Anthropic avait scellé un partenariat avec Google et Broadcom pour accéder à plusieurs gigawatts de TPU, chiffrés à 3,5 gigawatts dans un dépôt boursier ultérieur de Broadcom.
Concrètement, la nouvelle enveloppe Google s’ajoute à cet accord. Anthropic dépend largement de Google Cloud pour ses puces et son infrastructure, en particulier les Tensor Processing Units, conçues spécifiquement pour les charges d’IA et considérées comme l’une des meilleures alternatives aux GPU Nvidia, perpétuellement sur liste d’attente.
La course au compute structure le marché
Anthropic n’a pas chômé ces dernières semaines. Après les plaintes massives sur les limites d’usage de Claude, l’entreprise a multiplié les contrats d’infrastructure. Un accord cloud avec CoreWeave, puis 5 milliards supplémentaires d’Amazon avec un engagement de dépenses pouvant atteindre 100 milliards pour environ 5 gigawatts de capacité.
OpenAI joue la même partition. Son réseau de contrats à plusieurs centaines de milliards couvre fournisseurs cloud, fabricants de puces et producteurs d’énergie, dont une rallonge récente avec Cerebras chiffrée à 20 milliards. Lors du briefing de présentation de GPT-5.5, Greg Brockman a évoqué un objectif de 30 gigawatts de calcul d’ici 2030, soit six fois la promesse cumulée Google-Anthropic.
Une valorisation qui pourrait doubler
L’investissement Google rappelle aussi que les laboratoires d’IA frontière vivent désormais sous deux contraintes. Trouver des dizaines de milliards pour entraîner les modèles de demain, et trouver l’électricité, les datacenters et les puces pour les faire tourner. Tant qu’aucun acteur n’a pris une avance décisive, les fournisseurs de compute continueront à miser sur plusieurs chevaux à la fois.
Anthropic était valorisée 350 milliards de dollars en février. Selon Bloomberg, des investisseurs poussent désormais une nouvelle ronde au-delà de 800 milliards. La société envisagerait également une introduction en bourse dès octobre. Google, en parallèle, conserve sa double casquette : actionnaire minoritaire d’un rival direct sur les modèles, mais aussi son principal fournisseur d’infrastructure.
L’enjeu pour la robotique est moins direct mais réel. Les modèles VLA et les cerveaux d’humanoïdes reposent sur les mêmes briques de calcul. Une consolidation côté laboratoires d’IA, avec moins de cinq acteurs capables de financer la prochaine génération de modèles, finira par peser sur l’IA embarquée des robots, de Boston Dynamics à Figure en passant par les acteurs chinois.
Source : TechCrunch, CNBC, Axios