La startup londonienne Humanoid vient de franchir le cap du milliard. Elle a levé 152 millions de dollars en Série A à une valorisation post-money de 1,35 milliard de dollars. Fondée il y a seulement deux ans, elle devient le premier unicorn pur-play de la robotique humanoïde en Europe.
Un tour de table industriel
Le tour a été mené par Prime Movers Lab, fonds américain spécialisé dans les technologies de rupture. Les investisseurs industriels Schaeffler et Bosch ont participé, ce qui n’est pas anodin : les deux groupes sont aussi clients de la startup. Fubon Financial Holding Venture Capital, basé à Taïwan, et Aglaé Ventures, le véhicule d’investissement de la famille Arnault derrière LVMH, complètent le tableau. La levée porte le financement total de Humanoid à 270 millions de dollars.
Artem Sokolov, fondateur et PDG, résume l’ambition : en deux ans, la société est passée d’une idée à un statut d’unicorn européen, associée à certains des plus grands groupes industriels mondiaux. Il reconnaît lui-même que ce rythme prendrait normalement une décennie.
HMND 01 : un robot à roues, pas à jambes
Le robot HMND 01 ne ressemble pas à ce qu’on imagine habituellement. Il se déplace sur roues plutôt qu’à pied. Ce choix est délibéré. Selon le directeur produit Sotirios Stasinopoulos, plus de 85 à 90 % des cas d’usage industriels peuvent être couverts par une plateforme sur roues. Les roues consomment moins d’énergie, offrent une plus grande portée et, point capital, peuvent être certifiées pour des environnements industriels plus facilement que les jambes articulées.
Les résultats en conditions réelles parlent. Lors d’un déploiement dans le secteur textile chinois, HMND 01 a déplacé 60 caisses par heure, géré deux formats différents et atteint plus de 90 % de taux de succès en mode autonome pendant plus de huit heures consécutives par jour.
La startup a intégré son système KinetIQ Ascend, une approche d’apprentissage par renforcement visant une précision de manipulation de 99,9 %. L’équipe compte plus de 50 vétérans de Boston Dynamics, Sanctuary AI, Apptronik et 1X, ce que Stasinopoulos décrit comme un avantage de second entrant : distiller les leçons que d’autres ont payées des millions ou des milliards pour apprendre.
L’Europe entre dans la course
Jusqu’à présent, la robotique humanoïde était un récit américano-chinois. Figure AI en Californie est valorisée à 39 milliards de dollars. Tesla reconvertit ses usines. En Chine, Unitree vient d’entamer son IPO sur le STAR Market de Shanghai. Les 56 milliards de dollars investis dans la robotique en 2026 à l’échelle mondiale ont surtout atterri dans ces deux pays.
Humanoid s’inscrit dans un mouvement plus large. Neura Robotics, basée en Allemagne, a levé 1,4 milliard de dollars en juin 2026. D’autres acteurs comme Agile Robots, l’italien Oversonic et l’espagnol Pal Robots complètent un écosystème européen naissant. Zia Huque, de Prime Movers Lab, s’attend à une consolidation autour d’une poignée de champions par région.
Pour Humanoid, les deals commerciaux avec Schaeffler et Bosch ouvrent un horizon de production de 100 000 robots d’ici 2031. C’est encore une promesse, mais c’est une promesse signée par deux géants de l’équipementier automobile. En Europe, la question n’est plus de savoir si la robotique humanoïde va émerger. C’est maintenant qui en sera le champion continental.
