Une jeune pousse de la baie de San Francisco veut faire rouler des camions de fret sans cabine, sans volant et sans chauffeur sur les routes californiennes. Humble Robotics profite d’un assouplissement récent de la réglementation locale, mais se heurte déjà à la résistance des syndicats de routiers.

Un poids lourd électrique sans poste de conduite
Humble Robotics, fondée l’an dernier à San Francisco, a levé 24 millions de dollars pour développer le Humble Hauler. Ce camion de classe 8, la même catégorie que les semi-remorques classiques, abandonne le volant, la pédale d’accélérateur et le siège du conducteur. La plateforme universelle peut accueillir des conteneurs standards ou d’autres charges comme une bétonnière.
Le véhicule électrique vise une autonomie de 200 miles, soit environ 320 kilomètres. Il s’appuie sur une combinaison de radars, de lidars et de caméras offrant une vue à 360 degrés. Particularité revendiquée par l’entreprise : ce sont les caméras qui pilotent l’essentiel du travail, le lidar et le radar servant de filets de sécurité, là où la plupart des concurrents font l’inverse.
Un calendrier accéléré par la Californie
L’entreprise compte sur un changement réglementaire majeur. En avril, le département des véhicules motorisés de Californie a révisé ses règles et levé l’interdiction des camions autonomes de plus de 4,5 tonnes. Les poids lourds doivent toutefois commencer leurs essais avec un conducteur de sécurité à bord et accumuler 500 000 miles de tests à chaque étape de certification.
Initialement, Humble prévoyait de tester ses véhicules au Texas. Eyal Cohen, son fondateur et dirigeant, passé par Uber, Apple et Waabi, indique recentrer désormais l’activité sur la Californie. Premiers pilotes clients espérés dans l’année, avec une priorité donnée aux ports de Los Angeles et Long Beach et à leurs terminaux à conteneurs.
Des obstacles techniques et une opposition syndicale
Le pari reste risqué. En supprimant la cabine, Humble s’expose à des freins réglementaires supplémentaires. Dan Sperling, de l’Institute of Transportation Studies de l’université UC Davis, résume le problème : sans poste de conduite, impossible de faire monter quelqu’un pour reprendre la main quand un incident survient. L’homologation d’un camion sans volant ni cabine prendra sans doute plus de temps.
Sur le terrain social, les Teamsters et d’autres groupes de salariés tirent la sonnette d’alarme sur la sécurité et sur l’avenir des emplois de chauffeur. Humble fait par ailleurs face à des concurrents installés comme Aurora, basée à Pittsburgh, et Kodiak, dans la baie de San Francisco, qui développent eux aussi des camions autonomes mais conservent un volant et une cabine.
Pourquoi c’est important
Le fret routier est un terrain d’application phare pour la conduite autonome, avec des trajets longs et répétitifs qui se prêtent à l’automatisation. Mais le cas Humble met en lumière la tension du moment : la technologie avance plus vite que les cadres légaux et que l’acceptation sociale. La trajectoire de cette startup, entre feu vert réglementaire californien et bras de fer avec les syndicats, dira beaucoup de la vitesse réelle à laquelle les poids lourds sans chauffeur arriveront sur les routes ouvertes.
