Le rover franco-allemand Idefix doit quitter la Terre ce lundi 19 octobre à 21 h 41, heure de Paris, à bord de la mission japonaise MMX. Cette machine de 25 kg, conçue par le CNES et le DLR, doit atteindre le système martien en 2027 avant d’être déposée sur Phobos, l’une des deux lunes de Mars, autour de 2029.
Un rover européen sous une sonde japonaise
La sonde Martian Moons eXploration doit décoller du centre spatial de Tanegashima sur une fusée H3 de la JAXA. Le créneau annoncé reste soumis aux conditions du lancement et une fenêtre est ouverte jusqu’au 7 novembre. MMX constitue la plus ambitieuse mission japonaise vers le Système solaire : elle doit observer Phobos et Deimos, prélever des échantillons sur Phobos, puis les rapporter sur Terre en 2031.
Idefix est fixé entre les pieds d’atterrissage de la sonde. Le CNES a fourni notamment son ordinateur de bord, ses systèmes d’énergie et de communication ainsi que plusieurs caméras. Le DLR a développé le châssis, le mécanisme de séparation, la locomotion et deux instruments scientifiques. Après le départ, les équipes de Toulouse et de Cologne assureront conjointement les opérations du rover.
Tomber, rebondir puis se redresser seul
Le scénario prévu sort des habitudes de l’exploration planétaire. La sonde doit libérer Idefix à environ 40 mètres au-dessus de Phobos. En raison de la très faible gravité, le rover chutera, pourra rebondir et devra se redresser automatiquement quelle que soit sa position finale. Ses quatre roues sont montées sur des pattes articulées indépendantes qui servent aussi à remettre la machine dans le bon sens.
Une fois opérationnel, Idefix avancera à seulement un millimètre par seconde. Cette lenteur doit éviter qu’un freinage ne fasse basculer le véhicule ou ne l’expédie loin de la surface. Le rover vise au moins 100 mètres de trajet pendant une mission nominale d’environ 100 jours. Il testera également une navigation autonome sur un terrain que les ingénieurs ne connaissent encore qu’à distance.
Cette animation officielle du DLR présente le déroulement de la mission MMX, le prélèvement d’échantillons et l’exploration de Phobos par Idefix.
Un éclaireur pour l’atterrissage de MMX
Le petit rover devra d’abord documenter le sol avant que la sonde principale tente de s’y poser. Ses caméras de navigation cartographieront le relief, tandis que des caméras placées près des roues observeront l’interaction avec le régolithe. Un spectromètre Raman analysera la minéralogie et un radiomètre infrarouge mesurera les propriétés thermiques de la surface.
Ces données doivent aider la JAXA à choisir et sécuriser le site de prélèvement. Elles fourniront aussi le contexte géologique nécessaire pour interpréter les échantillons une fois revenus dans les laboratoires terrestres. Phobos pourrait être un astéroïde capturé ou le produit d’un impact géant sur Mars : les mesures sur place et les matériaux rapportés doivent départager ces scénarios.
Un lancement, pas encore un atterrissage
L’étape du 19 octobre est le début d’un parcours de plusieurs années. Idefix ne doit pas rouler sur Phobos avant 2029 et le calendrier restera dépendant du vol, de l’arrivée autour de Mars et des opérations de reconnaissance. Le rover est toutefois déjà intégré à MMX et a achevé ses essais de qualification spatiale.
Si la mission suit son plan, Idefix deviendra le premier rover à laisser des traces sur une lune martienne et le premier véhicule à roues à évoluer sur un corps dont la gravité vaut moins d’un millième de celle de la Terre. Le lancement met ainsi à l’épreuve une coopération robotique entre le Japon, la France et l’Allemagne, avec un objectif concret : préparer une collecte d’échantillons sans exposer d’abord la sonde principale au terrain inconnu.
