Bruno Bonnell n’a pas mâché ses mots cette semaine à Lias, dans le Gers. Le secrétaire général pour l’investissement et patron du plan France 2030 a salué une « entreprise exceptionnelle » en visitant JNOV Tech, une PME locale qui industrialise des robots de levage coordonnés capables de soulever plusieurs dizaines de tonnes. La séquence, sans tambour ni trompette, illustre l’autre versant de la robotique française, celui des pépites industrielles enracinées loin des écosystèmes parisien ou lyonnais.
JNOV Tech a touché une aide de 42 000 euros au titre de France 2030. Une somme modeste au regard des méga-tours qui font les gros titres tech, mais suffisante pour valider un industriel dont le produit n’a, selon Bonnell lui-même, « pas de concurrence internationale ». L’engin développé à Lias remplace les très onéreux ponts élévateurs sur des chantiers d’aéronautique, de nucléaire ou d’hydrogène, là où la précision millimétrique de positionnement est non négociable.
Un robot de levage pour des marchés de niche stratégiques
Les robots de levage coordonnés JNOV s’adaptent à toute charge et fonctionnent en grappe synchronisée. Plusieurs unités peuvent agir simultanément pour déplacer des pièces de plusieurs dizaines de tonnes avec une coordination assurée par le logiciel embarqué. La cible est claire : opérateurs aéronautiques pour la manutention de fuselages, exploitants de centrales pour le levage de composants en zone radioactive, industriels de l’hydrogène pour l’assemblage de réservoirs et structures lourdes.
Nicolas Collin, l’un des trois gérants de l’entreprise, retient surtout la promesse de mise en relation. Bonnell a proposé d’organiser des rendez-vous directs entre JNOV et des grands groupes industriels, ainsi qu’avec d’autres entités publiques. « On sait qu’il y a des industriels qui ont des besoins. Et nous avons certaines solutions à apporter », résume le dirigeant.
3,5 millions d’euros pour douze entreprises gersoises
Au total, France 2030 a fléché 3,5 millions d’euros vers douze entreprises du Gers, sur une enveloppe nationale de 54 milliards d’euros. JNOV n’est qu’un point sur la carte. La même journée, Bonnell a visité Equip’Aero (équipementier aéronautique), Val de Gascogne (coopérative agricole en transition technologique) et Prolainat (transformation laitière). La diversité des dossiers est volontaire : France 2030 ne se cantonne pas aux licornes IA et veut financer des verticales industrielles, agroalimentaires et énergétiques.
Le mois d’avril a d’ailleurs marqué un coup de frein pour la French Tech, avec 272 millions d’euros levés seulement, faute de méga-tour à 100 millions ou plus. L’IA ne représente plus qu’un quart des montants levés, contre les trois quarts en mars (porté à l’époque par AMI Labs). Dans ce contexte, les aides directes France 2030 restent un canal de financement décisif pour les industriels qui ne lèvent pas en série A à neuf chiffres.
« Les départements inattendus de l’innovation »
L’angle politique est assumé. Bonnell parle des « départements inattendus de l’innovation » et inscrit sa visite dans un effort plus large de territorialisation. « Dans n’importe quel département de France, on peut trouver des pépites », argumente-t-il. Le ministère de l’Économie a fait un calcul similaire avec le label Territoire d’industrie, et la Banque des Territoires a multiplié les enveloppes régionales.
Pour la robotique française, le pari est lisible. Les success stories médiatisées sortent souvent de Paris (Genesis AI, Mistral AI, Pollen Robotics), de Toulouse (PAL Robotics, Naïo) ou de Lyon (Sicara, Innodura récemment signé avec Bouygues Construction). JNOV s’ajoute à une liste plus longue qu’on ne l’imagine, qui inclut Bubble Robotics à Perpignan ou Korben à Perpignan également. Le maillage territorial commence à se dessiner.
Reste la question du passage à l’échelle. Une aide de 42 000 euros lance une phase d’industrialisation, pas une expansion à l’export. La prochaine étape pour JNOV passera probablement par un fonds régional ou un partenariat avec un grand groupe industriel français. Bruno Bonnell semble en avoir parfaitement conscience, et la visite de Lias ressemblait surtout à une mise en relation orchestrée. Sur le terrain, les besoins de productivité dans le nucléaire et l’aéronautique sont là, et un fournisseur sans concurrent international vaut largement les 42 000 euros engagés.