L’institut sud-coréen KAIST vient de présenter un nouveau robot humanoïde de 75 kilos capable de courir jusqu’à 13 kilomètres par heure tout en portant 20 kilos de charge utile. Le prototype enchaîne aussi des sauts dynamiques, des frappes de pied dans un ballon et des poussées d’objets lourds, en gardant un équilibre proche de celui d’un humain.
La démonstration, relayée par plusieurs médias spécialisés ces dernières heures, vise clairement à recadrer la course à l’humanoïde dynamique, jusqu’ici dominée dans l’imaginaire public par Boston Dynamics aux États-Unis et par les Chinois Unitree et Agibot.
Un humanoïde pensé pour la charge utile, pas la danse
Le profil technique du robot est volontairement orienté tâches industrielles. À 75 kilos, l’engin se rapproche d’un homme adulte musclé. La capacité à transporter 20 kilos en course équivaut à un sac de ciment ou un enfant de 6 ans, et change la conversation par rapport aux démonstrations chorégraphiques que la Chine multiplie depuis le semi-marathon de Pékin.
Concrètement, c’est ce ratio charge utile / vitesse qui intéresse les industriels. Un humanoïde qui ne peut transporter que 5 kilos n’a pas grand intérêt sur une chaîne logistique. À 20 kilos en sprint, le robot KAIST s’aligne sur les besoins réels de la manutention en entrepôt, du soutien d’équipe en intervention de secours et de la livraison du dernier kilomètre dans des environnements escarpés.
Les chercheurs du KAIST insistent aussi sur la stabilité dans les mouvements rapides. Maintenir l’équilibre en courant à 13 km/h avec une charge décentrée demande un contrôle moteur en temps réel beaucoup plus fin que la marche statique. C’est précisément le verrou que tente de lever Boston Dynamics avec son Atlas électrique en validation chez Hyundai Metaplant en Géorgie.
La Corée du Sud joue sa carte hardware
Le timing n’est pas anodin. Le KAIST publie cette démo deux semaines après l’admission, dans l’ordre Jogye, du robot moine bouddhiste Gabi, qui repose sur une base Unitree G1 chinoise. Une partie du débat coréen s’irrite de voir le pays exporter ses cas d’usage sur du hardware étranger.
L’institut, déjà célèbre pour avoir produit le robot bipède HUBO, capitalise sur trois décennies de recherche en locomotion bipède. La Corée s’appuie aussi sur un écosystème industriel solide : Samsung, Hyundai, LG, et maintenant LG CNS qui vient d’ouvrir sa plateforme PhysicalWorks pour orchestrer des flottes mixtes humanoïdes plus quadrupèdes.
Face à un marché chinois qui produit déjà 90 % des humanoïdes mondiaux, selon Morgan Stanley, Séoul mise sur la qualité et la spécialisation. Un humanoïde KAIST ne sortira pas en 100 000 unités par an comme le NEO de 1X. Il jouera plutôt la carte du robot premium destiné à des contextes exigeants comme la défense, la maintenance industrielle haut de gamme et les missions spatiales.
La barre des 13 km/h, un seuil qui change la donne
Treize kilomètres par heure, c’est la vitesse de course d’un coureur amateur en footing rapide. Pour un humanoïde, c’est aussi le rythme nécessaire pour suivre un humain qui marche vite ou rejoindre un véhicule en mouvement. La barre se rapproche progressivement des records du chinois Honor, dont l’humanoïde a bouclé un semi-marathon en 50 minutes 26 secondes mi-avril.
Reste que la démonstration soulève autant de questions qu’elle apporte de réponses. KAIST n’a pas encore communiqué d’autonomie batterie en course rapide ni de protocole de chute. Les démos labo sont une chose, le déploiement en environnement réel et les heures de fonctionnement avant maintenance en sont une autre.
Ce qui est sûr : la concurrence sur la mobilité dynamique passe désormais par trois pôles, États-Unis, Chine et Corée du Sud, et la France compte sur Genesis AI ou Reachy Mini pour rester dans la photo.



