Dans les centres commerciaux de Pékin et Shanghai, des familles filment des robots qui dansent, accueillent les invités ou jouent avec les enfants. En Chine, les robots humanoïdes ne sont plus réservés aux seules usines : ils entrent dans les salons, et le gouvernement pousse activement ce mouvement.
Ce déplacement vers le grand public distingue la Chine de ses concurrents. Aux Etats-Unis, la quasi-totalité des déploiements de robots humanoïdes se concentre sur les applications industrielles et logistiques. Pékin, lui, combine soutien étatique massif, fabrication à grande échelle et intelligence artificielle pour faire des robots une réalité du quotidien.

Un marché dopé par la politique nationale
Les robots humanoïdes ont été identifiés comme une priorité stratégique dans le 14e puis le 15e Plan quinquennal chinois (2026-2030). Pékin investit dans l’IA incarnée, les matériaux avancés et la robotique via des programmes de financement publics, des parcs technologiques et des institutions de recherche. Les provinces lancent leurs propres initiatives en parallèle.
Les résultats sont déjà visibles. Morgan Stanley estime que les ventes de robots humanoïdes en Chine pourraient plus que doubler en 2026, passant à environ 28 000 unités. La société de recherche Omdia projette des livraisons annuelles de plus d’un million d’unités d’ici la fin de la décennie si les tendances actuelles se maintiennent. En 2025, la Chine comptait déjà plus de 140 fabricants de robots humanoïdes, avec 14 400 unités expédiées.
Qui achète ces robots ?
Les premiers acheteurs sont souvent des passionnés de technologie, désireux d’expérimenter des machines capables de tenir une conversation, reconnaître les visages, danser et effectuer des tâches ménagères simples. Les réseaux sociaux amplifient le phénomène : certains propriétaires font des livestreams de leurs interactions, attirant des dizaines de milliers de spectateurs.
Les entreprises chinoises ont su capter cet appétit. UBTech a lancé l’UWorld U1, un robot compagnon à peau biomimétique qui a enregistré 13 000 commandes dès le premier jour. Xiaomi avance sur sa propre feuille de route humanoïde. Les prix restent élevés, entre 15 000 et 30 000 dollars, mais la tendance est à la baisse à mesure que la production monte en volume.
Performatif plutôt que fonctionnel, pour l’instant
Malgré l’enthousiasme, les experts tempèrent. Arani Chaudhuri, cofondateur d’AI Library, note que le produit est davantage performatif que fonctionnel et qu’il est trop prématuré de parler de marché de masse. Les robots grand public actuels peuvent divertir, mais peinent encore à accomplir des tâches ménagères complexes de manière autonome.
Ce décalage entre promesse et réalité ne freine pas l’adoption. La Chine a montré avec les voitures électriques qu’elle peut créer un marché de masse pour une technologie avant qu’elle soit pleinement mature. Pour les robots humanoïdes, le pari est lancé, et le reste du monde observe.