L’administration Trump et OpenAI discutent d’une idée qui aurait paru impensable il y a deux ans : faire entrer l’État fédéral américain au capital du créateur de ChatGPT. CNBC a confirmé l’existence de ces discussions vendredi. Elles durent depuis plus d’un an et pourraient redessiner la relation entre Washington et les laboratoires d’IA de pointe.

Un « Public Wealth Fund » alimenté par des actions données
Le montage envisagé est inhabituel. Plutôt que d’acheter des parts, OpenAI pourrait donner des actions au gouvernement américain pour amorcer un « Public Wealth Fund », un fonds de richesse publique. L’entreprise avait esquissé ce concept dans une proposition de politique industrielle publiée en avril.
Selon le document d’OpenAI, ce fonds pourrait « investir dans des actifs diversifiés et de long terme » et permettre aux citoyens de profiter de la croissance tirée par l’IA. Les revenus pourraient être redistribués directement aux Américains, « quel que soit leur patrimoine de départ ou leur accès au capital ». Aucun terme financier n’a été arrêté, et les détails restent susceptibles d’évoluer. C’est le média Notus qui a révélé le premier ces discussions récentes.
Trump confirme à demi-mot
Interrogé à bord d’Air Force One vendredi, le président a confirmé la direction prise sans citer de société précise. « Il y a des concepts où des morceaux pourraient être donnés au public américain, où le public américain devient essentiellement un partenaire », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il rencontrerait des entreprises d’IA « dans un futur très proche ».
D’après Bloomberg, Sam Altman, le patron d’OpenAI, évoque l’idée d’une participation gouvernementale dans les grands acteurs de l’IA depuis début 2025. Cette semaine, il a multiplié les rendez-vous avec des élus et des responsables à Washington autour de la régulation et des dernières avancées du secteur.
Un précédent : les 10 % d’Intel
L’opération s’inscrirait dans une tendance plus large de l’administration Trump à prendre des participations dans des entreprises privées. Le cas le plus marquant reste l’entrée de l’État au capital d’Intel, à hauteur de 10 %, l’an dernier, pour soutenir le fabricant de puces en difficulté.
Fait notable, l’idée séduit aussi à gauche. Le sénateur Bernie Sanders a proposé cette semaine une taxe unique de 50 %, payable en actions, qui frapperait des sociétés comme OpenAI, Anthropic et xAI. Avec ces entreprises potentiellement candidates à une entrée en Bourse cette année, Sanders estime qu’un tel prélèvement donnerait « au public un rôle direct dans la définition de l’avenir de cette technologie ».
Des critiques venues des deux bords
Tout le monde ne partage pas l’enthousiasme. David Sacks, investisseur et ancien « czar » de l’IA et de la crypto de Trump, dit comprendre pourquoi l’idée de Sanders résonne, « y compris chez beaucoup à droite ». Mais il met en garde : ce type de dispositif accélérerait selon lui « la fusion entre entreprises et gouvernement vers laquelle nous glissons déjà ».
D’autres voix, sur les réseaux sociaux, y voient les fondations d’un futur sauvetage public d’OpenAI déguisé en partenariat. La frontière entre soutien stratégique à un champion national et nationalisation rampante d’un secteur clé devient floue. Et elle se déplace au rythme des annonces.
Pourquoi c’est important
Au-delà du cas OpenAI, ces discussions posent une question de fond. Si l’IA générative crée autant de valeur que ses promoteurs l’affirment, qui en récolte les fruits ? L’arrivée potentielle de l’État au capital des laboratoires les plus puissants change la nature du jeu. Elle mêle régulation, financement et contrôle dans un même mouvement. Pour les entreprises d’IA en course vers la Bourse, c’est un nouveau facteur d’incertitude. Pour les citoyens, c’est la promesse, encore théorique, de toucher une part des gains. Les prochaines rencontres entre Trump et les dirigeants du secteur diront si le concept survit au passage à la pratique.
