Des milliers d’ouvriers de l’usine Hyundai d’Ulsan, en Corée du Sud, ont quitté leur poste plus tôt que prévu depuis le 13 juillet 2026. Ce mouvement social inédit marque la toute première grève dans l’industrie automobile directement liée au déploiement annoncé de robots humanoïdes.
Le syndicat des travailleurs des métaux de Corée (Korean Metal Workers’ Union) réclame des garanties concrètes avant qu’un seul robot Atlas ne pose les pieds sur une ligne de production. Pour l’instant, Hyundai n’a déployé aucun humanoïde dans ses usines coréennes. Mais l’annonce en a suffi pour mettre le feu aux poudres.
25 000 robots sur les lignes Hyundai et Kia
Lors d’une session investisseurs chez JPMorgan, Hyundai Motor Group a dévoilé ses intentions : déployer plus de 25 000 robots Atlas fabriqués par Boston Dynamics dans ses propres usines Hyundai et Kia. Soit environ 83 % des 30 000 unités annuelles que le groupe prévoit de produire d’ici 2028. La première vague atterrira à Metaplant America, près de Savannah en Géorgie, dès 2028. L’usine Kia de Géorgie suivra en 2029.
L’Atlas commercial embarque 56 degrés de liberté, une portée de 2,3 mètres et soulève jusqu’à 50 kilogrammes. Son prix de production actuel tourne autour de 130 000 à 140 000 dollars, mais pourrait tomber à environ 30 000 dollars une fois le cap des 50 000 unités cumulées passé. C’est ce calcul économique qui inquiète directement les syndicats : un robot à ce prix se rentabiliserait en deux ans à peine.
Une grève qui s’intensifie
Dans un premier temps, les ouvriers ont raccourci les équipes de nuit et de jour de deux heures, du 13 au 15 juillet 2026. Faute d’accord au terme de quinze rounds de négociations, le syndicat a mis en place des arrêts de quatre heures par shift, programmés du 20 au 22 juillet. En cas d’échec des discussions, une grève totale reste sur la table.
Les pertes économiques sont déjà visibles. La grève partielle pourrait perturber la production d’environ 5 000 véhicules, soit un manque à gagner estimé à 135 millions de dollars pour Hyundai. Et la pression syndicale ne porte pas uniquement sur les salaires.

Trois revendications au coeur du conflit
Les travailleurs exigent d’abord le passage à des salaires fixes pour les opérateurs horaires, afin que l’automatisation ne puisse pas grignoter leurs heures sans renégociation. Ils réclament ensuite le relèvement de l’âge de la retraite de 60 à 65 ans. Enfin, ils veulent une part plus large des profits générés par la montée en puissance des robots.
La grève intervient au moment où Hyundai vient de racheter les 10 % restants détenus par SoftBank dans Boston Dynamics, faisant de l’entreprise une filiale à 100 %. Le groupe associe par ailleurs l’Atlas aux modèles de fondation de Google DeepMind pour élargir le spectre des tâches que peut apprendre le robot.
Un signal que toute l’industrie surveille
Concrètement, c’est la première fois dans l’histoire que des travailleurs de l’automobile stoppent une chaîne de montage pour négocier sur des humanoïdes. Pas sur des bras robotiques fixes, déjà présents depuis des décennies. Sur des machines bipèdes capables de marcher et d’apprendre.
Tesla conduit ses propres pilotes Optimus sur ses lignes. BMW accueille des robots Figure 03 à Spartanburg. Aux États-Unis, les constructeurs ont installé 13 500 robots industriels en 2025, plus que tout autre secteur. L’industrie automobile est la plus automatisée au monde, et elle s’apprête à franchir un nouveau palier. Les ouvriers de Hyundai en Corée entendent peser sur les conditions de cette transition, avant que les robots soient déjà là.
Le 22 juillet, Hyundai publiera ses résultats du deuxième trimestre. Une date que syndicats et investisseurs scrutent avec la même intensité, mais pour des raisons opposées.

