Les tracteurs autonomes et les bras mécaniques spécialisés ont déjà transformé l’agriculture moderne. La prochaine vague pourrait être plus familière : un robot à deux jambes, deux bras, capable de récolter, planter et tailler selon les besoins du moment. C’est du moins la direction que suit la recherche de la Harper Adams University, dans le Shropshire, en Angleterre.
Un robot pour toutes les tâches
« Un humanoïde a le même degré de liberté que le corps humain, alors on peut le programmer non pas pour résoudre un problème, mais pour en résoudre plusieurs », explique le professeur Fernando Auat Cheein, spécialiste de robotique à Harper Adams. C’est ce qui distingue fondamentalement l’humanoïde des engins agricoles existants.
Concrètement, chaque robot agricole d’aujourd’hui est conçu pour une tâche précise : une machine récolte les fraises, une autre taille la vigne, une troisième plante les semis. Ces systèmes ne sont pas interchangeables. Un humanoïde résoudrait ce problème en changeant simplement d’outil ou de comportement via une mise à jour logicielle.
Autre avantage mis en avant : la scalabilité. « Une fois qu’on a la bonne programmation, on peut la répliquer sur 1 000 robots ou plus », note le chercheur. Le coût marginal de chaque unité supplémentaire tomberait drastiquement comparé à la conception d’un engin spécialisé.
Travailler avec les agriculteurs, pas les remplacer
Harper Adams a une tradition solide en robotique agricole. L’université avait marqué les esprits en 2017 avec son projet « Hands Free Hectare », premier essai documenté d’une culture de céréales entièrement automatisée au Royaume-Uni. Les travaux actuels sur les humanoïdes s’inscrivent dans cette continuité, mais avec une dimension sociale nouvelle.
Cheein insiste : l’objectif n’est pas de remplacer les agriculteurs. « Le robot et nous-mêmes dans le même environnement doivent coexister. Pour cela, le robot doit avoir des compétences sociales. » Cela implique de programmer des comportements de sécurité, d’évitement de collision et d’interaction avec des humains en mouvement dans un champ.
Des défis concrets avant le déploiement
L’agriculture reste un terrain difficile pour la robotique. Les surfaces irrégulières, les conditions météo changeantes et la grande variété de cultures et de gestes requis mettent à l’épreuve les capacités de locomotion et de manipulation des robots actuels. La plupart des modèles humanoïdes du marché sont encore testés en environnement contrôlé, bien loin d’un champ de colza en plein mistral.
Les avancées récentes en IA embarquée, notamment les modèles vision-langage-action (VLA) capables d’interpréter une scène en temps réel, laissent néanmoins entrevoir un futur proche plus concret. Les premières expérimentations grandeur nature, comme celles de Harper Adams, fourniront les données nécessaires pour entraîner ces systèmes à la réalité agricole.
