Chine et Asie

LG CNS lance PhysicalWorks et fait travailler ensemble Unitree, Deep Robotics, Dexmate et Bear Robotics dans le même entrepôt

Par La Rédaction ⏱ 4 min de lecture

LG CNS, l’intégrateur informatique du conglomérat coréen LG Group, vient de dévoiler PhysicalWorks, une plateforme logicielle qui orchestre des flottes de robots de marques différentes sous une même couche de pilotage. Lors d’une démonstration en direct dans son campus de Magok à Séoul, quatre robots de quatre fabricants distincts ont enchaîné une chaîne logistique complète, sans téléopération.

Quatre robots, quatre marques, un seul chef d’orchestre

La scène présentée à la presse coréenne le 7 mai met en jeu un humanoïde bipède Unitree G1 venu de Chine, un quadrupède à roues Deep Robotics M20, un humanoïde à roues Dexmate Vega et un robot logistique Bear Robotics Carti-100. Le bipède attrape un produit emballé sur un convoyeur, le dépose dans un carton, le quadrupède transporte le carton à travers la zone, puis l’humanoïde à roues Vega le pose sur une étagère placée à plus de deux mètres de hauteur.

LG CNS a aussi simulé un imprévu. Quand le quadrupède est réaffecté à une mission de patrouille, la plateforme bascule automatiquement la tâche logistique sur le Carti-100, sans interrompre la chaîne. Aucun des quatre robots n’était téléopéré. Le passage d’un robot à un autre, sur des distances de deux à trois mètres, prenait environ 90 secondes, un chiffre que LG CNS estime appelé à baisser au fil de l’apprentissage.

Un pari logiciel plutôt qu’un robot maison

Là où les industriels chinois et américains misent sur la production verticale d’humanoïdes, LG CNS prend le contrepied. La société ne fabrique pas de robot. Elle vend la couche qui les fait travailler ensemble. PhysicalWorks se compose de deux modules. Forge entraîne les robots à partir de simulation et de données vidéo. Baton orchestre en temps réel les tâches sur des flottes mixtes, en distribuant le travail selon la disponibilité de chaque machine.

Le PDG Hyun Shin-gyoon avance comme principal atout les quatre décennies de LG CNS dans les systèmes informatiques d’usine, notamment pour LG Electronics et LG Display. La société dit raccourcir le délai de déploiement d’un robot industriel de plusieurs mois à un ou deux mois. Sur des sites mixtes d’une centaine d’unités, elle anticipe des gains de productivité supérieurs à 15 % et des baisses de coût opérationnel jusqu’à 18 %, en réduisant les conflits de trafic et l’intervention humaine.

Une stratégie longue de onze mois

Le lancement de PhysicalWorks n’arrive pas par hasard. Entrée en bourse à Séoul en février 2025, LG CNS a investi dans la startup américaine Skild AI en juin, pris une participation au capital de Dexmate en mars, puis ouvert une cellule de conseil en robotique en avril. Le chiffre d’affaires 2025 ressort à 6 130 milliards de wons, soit environ 4,22 milliards de dollars.

L’entreprise dit conduire plus de 20 projets pilotes avec des clients dans l’électronique, la chimie, les batteries et la construction navale. Le module de gestion de flotte tourne déjà depuis décembre dans le pilote de smart city de Busan, où il coordonne des robots de patrouille, de barista, de transport de bagages et de nettoyage. Le directeur de la division logistique de LG CNS prévient toutefois que les premiers revenus significatifs ne sont attendus qu’à un horizon de un à deux ans.

Pourquoi ce modèle compte

Le marché des robots industriels reste très fragmenté. Chaque constructeur impose son propre logiciel, son propre langage et sa propre couche de planification. Coordonner un Unitree, un Boston Dynamics et un Bear Robotics dans la même usine relève encore largement de l’intégration sur mesure. PhysicalWorks veut transformer cette plomberie en commodité, à la manière de ce qu’AWS a fait pour les centres de données.

Si LG CNS tient ses promesses, l’avantage commercial migrera vers la couche logicielle, celle qui sait noter et arbitrer la tâche, plutôt que vers le constructeur de bras articulés. Pour les concurrents japonais (Fanuc, Yaskawa) et européens (KUKA, ABB), c’est un signal clair. Les directions IT des manufacturiers asiatiques ne veulent plus se laisser enfermer dans une marque unique de robot. Et la Corée du Sud, qui revendique le ratio le plus élevé au monde de robots industriels par employé, se positionne pour exporter cette nouvelle couche d’orchestration.

Sources : The Korea Herald, Interesting Engineering, The Korea Times.

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