Morgan Stanley signe une nouvelle note bullish sur les humanoïdes chinois. Selon les analystes de la banque dirigés par Chetan Ahya, économiste en chef Asie, les robots et humanoïdes vont devenir le prochain moteur d’export de la Chine, avec un parallèle assumé avec la trajectoire des véhicules électriques il y a dix ans. La part de marché chinoise des exports mondiaux passerait ainsi de 15 % aujourd’hui à 16,5 % en 2030.
L’argument est documenté. En 2025, les fabricants chinois ont expédié environ 90 % des 13 000 à 16 000 humanoïdes vendus dans le monde, pendant que les rivaux américains et japonais restaient majoritairement au stade prototype. Pour 2026, Morgan Stanley anticipe un doublement des ventes annuelles d’humanoïdes en Chine, à environ 28 000 unités, devant n’importe quelle autre économie.
Le playbook EV appliqué aux humanoïdes
Le raisonnement repose sur une analogie nette. Il y a dix ans, la Chine a misé tôt sur les batteries lithium, les chaînes d’assemblage automobiles et les subventions ciblées. Résultat : BYD, CATL et leurs satellites dominent aujourd’hui le marché global du véhicule électrique. Morgan Stanley décrit le même schéma en cours sur les humanoïdes : intégration verticale, supply chain locale, financements massifs et coordination étatique.
Les analystes notent que les rivaux américains et japonais dépendent déjà fortement de composants chinois, notamment les actionneurs, les réducteurs harmonic et certains capteurs. Cette dépendance accélère mécaniquement la position dominante de Pékin, exactement comme cela s’est passé pour les cellules de batterie EV. Les noms cités côté chinois sont connus : Unitree, Fourier Intelligence, AGIBOT, UBTech, Linkerbot.
Une stratégie inscrite dans le 15e plan quinquennal
Le timing de la note n’est pas anodin. Le 15e plan quinquennal chinois 2026-2030, publié récemment, place explicitement la robotique et l’embodied AI parmi les industries du futur prioritaires. La Chine vise 2 millions de robots industriels en service d’ici 2030 et veut consolider sa position de premier producteur mondial, avec déjà 54 % des installations annuelles selon la Fédération internationale de robotique.
Sur le terrain, les déploiements s’enchaînent : Unitree G1 dans les aéroports japonais via Japan Airlines, robots policiers dans les rues de Hangzhou, AGIBOT au Met Gala à New York comme vitrine soft-power. La concentration de cas d’usage publics envoie un signal clair aux acheteurs étrangers : les humanoïdes chinois ne sont plus des prototypes, ils tournent en production.
Le revers de la médaille : trop de fabricants
Tout n’est pas rose côté Pékin. Une autre étude de Morgan Stanley, publiée la semaine dernière, recensait 150 fabricants chinois d’humanoïdes pour seulement 23 % de clients pleinement satisfaits. Le secteur connaît la même surchauffe que le marché EV chinois en 2017 : trop d’entrants, marges écrasées, consolidation inévitable.
L’histoire EV donne pourtant un indice sur la suite. Sur les dizaines de constructeurs chinois ayant émergé entre 2015 et 2020, seuls quelques-uns ont survécu et concentrent désormais la valeur. Morgan Stanley parie sur le même mécanisme : trois à cinq champions humanoïdes émergeront d’ici 2030, capables de capter l’essentiel de la marge mondiale.
Ce que cela change pour l’Europe et les États-Unis
La banque pointe un risque industriel concret. Les États-Unis viennent d’allumer la première usine 1X à Hayward (10 000 unités par an, 100 000 visées en 2027), Boston Dynamics prépare son IPO et le passage en production de masse d’Atlas, Figure et Apptronik s’industrialisent. Mais l’écart de cadence reste gigantesque : AGIBOT a déjà sorti 10 000 humanoïdes en 2025 et capte 39 % du marché mondial à elle seule.
Pour l’Europe, dépourvue d’acteur intégré comparable à l’exception de Pollen Robotics récemment racheté par Hugging Face, la fenêtre se referme vite. La note Morgan Stanley aura sans doute pour effet d’accélérer les discussions politiques sur la souveraineté robotique, déjà engagées à Bruxelles autour des dépendances aux semi-conducteurs et aux terres rares.
Notre analyse
Le scénario Morgan Stanley est crédible mais pas écrit. La Chine dispose d’avances structurelles indéniables : volume de production, supply chain locale, marché intérieur captif, soutien étatique. Mais l’humanoïde est un produit beaucoup plus complexe que le véhicule électrique, où le logiciel et les modèles d’IA pèsent autant que le hardware.
Or sur les modèles de fondation robotique, les Vision-Language-Action models et l’écosystème open source, les laboratoires américains et européens (Genesis AI, Ai2 avec MolmoAct 2, DeepMind) gardent une longueur d’avance. La bataille se jouera sur la convergence : qui sait combiner production de masse à la chinoise et stack logiciel à l’américaine. Pour l’instant, personne n’a les deux.
Sources : Bloomberg, South China Morning Post, Business Times.


