Intelligence Artificielle

Northwestern crée des robots « nés dehors » qui continuent de marcher même coupés en deux

Par La Rédaction ⏱ 3 min de lecture

Un chercheur cogne le robot de toutes ses forces. La machine perd la moitié de son corps. Et continue d’avancer.

Cette scène, filmée dans les couloirs de Northwestern University et relayée par Reuters le 27 mars 2026, illustre mieux que n’importe quel schéma ce que l’équipe du professeur Sam Kriegman vient de mettre au point : les premières métamachines à pattes, des robots modulaires capables de survivre à des dommages qui immobiliseraient n’importe quel autre engin existant.

Métamachine modulaire développée par Northwestern University - robot constitué de modules autonomes
Crédit : Sam Kriegman / Northwestern University

Des robots faits de robots

Le concept est simple, l’exécution est radicale. Chaque module du robot est lui-même un robot complet : moteur, batterie, ordinateur intégré. Reliés entre eux par des articulations sphériques, ces modules s’assemblent en structures aux formes étranges, que personne n’aurait imaginées en dessinant un robot classique.

« On fabrique des robots faits de robots, c’est pourquoi je les appelle des métamachines, » explique Kriegman, professeur de sciences informatiques et d’ingénierie à la McCormick School of Engineering. « Si une partie du corps est endommagée ou arrachée, le reste continue de fonctionner. »

En clair : quand on coupe la machine en deux, chaque moitié continue de ramper. Les modules séparés deviennent des agents individuels qui se déplacent de leur côté. Retournez le robot sur le dos, il se redresse tout seul.

L’évolution accélérée par ordinateur

Le secret de leur conception tient dans la méthode. Plutôt que de dessiner des formes inspirées des humains ou des animaux, l’équipe a laissé un algorithme d’IA faire évoluer des configurations de modules pendant des millions d’itérations virtuelles. Des millénaires d’évolution condensés en quelques secondes de calcul.

Le résultat : des machines qui ondulent comme des phoques, bondissent comme des lézards, ou s’élancent comme des kangourous selon leur assemblage. Aucun ingénieur humain n’aurait conçu ces formes instinctivement.

« Ce sont les premiers robots à sortir dehors après avoir évolué à l’intérieur d’un ordinateur, » dit Kriegman. « Ils sont assemblés rapidement, puis ils touchent littéralement le sol en courant. »

L’étude a été publiée le 6 mars 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Pourquoi c’est important

Jusqu’ici, un robot-chien qui casse une patte devient inutilisable. Les robots industriels sont conçus pour des tâches précises, dans des environnements contrôlés. Dès qu’on les sort de leur cadre, ils échouent.

Les métamachines changent cette logique. Leur robustesse modulaire les rend adaptés à des missions dans des terrains imprévisibles : catastrophes naturelles, inspection de sites dangereux, exploration spatiale. Là où un humanoïde trébuche et s’arrête, une métamachine se reconfigure et continue.

L’équipe de Kriegman parle d’une nouvelle « espèce » de machines, plus proche des organismes vivants que des outils mécaniques. La prochaine étape sera d’augmenter le nombre de modules, et d’explorer si ces configurations peuvent apprendre à collaborer entre elles une fois séparées.